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L’Actualité technique – mai 2026

Panneaux photovoltaïques : mieux maîtriser le risque incendie

Identifiez les principales causes d’incendie liées aux installations photovoltaïques et sécurisez vos projets grâce à une prévention adaptée.

Portées par les objectifs de transition énergétique et de performance, les installations photovoltaïques se développent rapidement dans les entreprises, notamment sur les sites industriels et logistiques. Mais leur déploiement ne doit pas occulter une réalité opérationnelle : ces équipements peuvent accroître l’exposition au risque incendie, en particulier lorsqu’ils sont installés en toiture. Pour les directions des risques, les directions techniques, HSE et assurance, l’enjeu consiste à concilier production d’énergie, sécurité des sites et continuité d’activité.

Introduction

L’essor du photovoltaïque dans l’environnement professionnel répond à plusieurs impératifs : réduction de l’empreinte carbone, valorisation des surfaces disponibles, sécurisation partielle de l’approvisionnement énergétique ou encore maîtrise de certains coûts à long terme. Dans l’industrie, la logistique, le retail ou l’immobilier, les projets se multiplient.

Cette dynamique s’accompagne toutefois d’un sujet encore insuffisamment anticipé : le risque incendie associé aux installations photovoltaïques. Lorsqu’un départ de feu survient, ses conséquences peuvent dépasser le seul équipement concerné. Un incendie en toiture peut affecter l’ensemble du bâtiment, perturber durablement l’exploitation et compromettre l’efficacité de dispositifs de protection déjà en place, comme le désenfumage, le compartimentage ou l’extinction automatique.

Pour les entreprises, la question n’est donc pas de choisir entre transition énergétique et maîtrise du risque, mais de traiter ces deux dimensions de manière cohérente dès l’amont du projet et tout au long de la vie de l’installation.

Pourquoi les installations photovoltaïques créent-elles un risque spécifique ?

Les installations photovoltaïques présentent des caractéristiques qui justifient une vigilance particulière. Souvent implantées en toiture, elles se trouvent dans des zones parfois difficiles d’accès, où une anomalie peut rester longtemps non détectée. Même lorsqu’un site est occupé, un départ de feu localisé peut évoluer avant d’être identifié.

Autre point de vigilance : les panneaux, câbles, boîtiers électriques et équipements associés constituent une charge combustible supplémentaire. Lorsque la toiture ou son environnement immédiat ne présentent pas un niveau suffisant de résistance au feu, cette configuration peut favoriser la propagation d’un incendie et accroître la gravité d’un sinistre.

Enfin, les systèmes photovoltaïques interagissent avec l’infrastructure du bâtiment. En cas d’incident, ils peuvent compliquer certaines opérations d’intervention ou réduire l’efficacité de protections existantes si l’installation n’a pas été pensée dans une logique globale de sécurité incendie.

Quelles sont les principales causes de départ de feu ?

Les retours d’expérience montrent que plusieurs facteurs techniques et opérationnels peuvent être à l’origine d’un sinistre.

Des défauts de connexion et des arcs électriques

Les connecteurs incompatibles ou mal sertis, les mauvais serrages, les câbles endommagés ou encore les infiltrations d’eau favorisant la corrosion peuvent provoquer des échauffements anormaux et des arcs électriques, notamment en courant continu. Ces phénomènes constituent des causes récurrentes de départ de feu.

Des défauts de mise à la terre ou de protection

Une mise à la terre défaillante augmente les risques d’échauffement et de surtension. De la même manière, l’absence de dispositifs de protection adaptés — par exemple certains fusibles DC, parafoudres ou systèmes de détection d’arc avec mise en sécurité — fragilise la capacité de l’installation à contenir un incident avant qu’il ne prenne de l’ampleur.

Un environnement d’installation insuffisamment sécurisé

Le support d’implantation lui-même doit être pris en compte. Une installation sur toiture combustible ou insuffisamment protégée face au feu peut aggraver la cinétique du sinistre. Le cheminement non sécurisé des câbles, la qualité variable des fixations ou une résistance insuffisante aux intempéries, au vent, à la grêle ou à la neige peuvent également accroître la vulnérabilité globale du système.

Des défaillances d’équipements et des défauts de maintenance

Les défaillances d’onduleurs, les défauts internes de modules — comme les phénomènes de hot spot — ainsi que les interventions de maintenance inadaptées ou insuffisantes figurent également parmi les causes identifiées. En pratique, le niveau de risque dépend souvent moins d’un facteur isolé que d’un enchaînement de fragilités : conception incomplète, installation hétérogène, supervision limitée, maintenance irrégulière et absence de vérifications structurées.

Quels impacts pour l’entreprise ?

Pour une entreprise, un incendie affectant une installation photovoltaïque ne se limite pas à un dommage matériel ponctuel. Les conséquences peuvent être multiples.

Continuité d’activité et performance opérationnelle

Un incendie en toiture ou sur une zone technique peut interrompre la production, perturber les flux logistiques, immobiliser un site ou imposer des mesures conservatoires prolongées. Dans certains secteurs, la perte d’exploitation et les retards de livraison peuvent rapidement dépasser le coût de l’équipement lui-même.

Protection des actifs et sécurité du bâtiment

Au-delà de l’installation photovoltaïque, c’est l’intégrité du bâtiment, des équipements, des stocks et parfois d’infrastructures critiques qui peut être affectée. L’interaction avec les dispositifs de sécurité incendie existants doit donc être considérée avec attention.

Enjeux assurantiels et capacité de couverture

La qualité de conception, d’installation, de maintenance et de vérification d’un système photovoltaïque peut également influencer l’appréciation du risque par les assureurs. Dans un marché attentif aux dispositifs de prévention, la capacité d’une entreprise à documenter la conformité de son installation, ses contrôles et ses mesures de maîtrise constitue un élément important.

Gouvernance, conformité et responsabilité

Le photovoltaïque mobilise plusieurs fonctions dans l’entreprise : immobilier, technique, HSE, exploitation, assurance, finance, direction des risques. En l’absence de gouvernance claire, des angles morts peuvent apparaître entre le portage énergétique du projet et la maîtrise opérationnelle des expositions associées.

Quels points de vigilance intégrer dans une démarche de prévention ?

La prévention du risque incendie lié au photovoltaïque repose sur une approche globale, depuis la conception jusqu’à l’exploitation.

S’appuyer sur un cadre technique structurant

Les entreprises ont intérêt à inscrire leurs projets dans un cadre technique reconnu, en particulier le référentiel D20 relatif aux installations photovoltaïques pour la prévention de l’incendie et la protection des bâtiments et structures. Ce type de référentiel permet de mieux cadrer les exigences de conception, d’implantation, de protection et de vérification.

Vérifier la qualité de l’installation et son niveau de conformité

La seule mise en service d’une installation ne suffit pas. Des vérifications appropriées doivent être organisées afin d’évaluer la qualité d’exécution, le niveau de conformité et le maintien en condition de sécurité. La fiche technique rappelle d’ailleurs l’importance de la vérification Q20 à compter du 1er septembre 2026, avec, selon les cas, une possible exigence des documents Q20 et Q18.

Adapter les mesures de prévention à la configuration du site

Les mesures de sécurité doivent être pensées selon l’implantation de l’installation : toiture, ombrière ou champ solaire. Les dispositifs retenus doivent tenir compte de la nature du bâtiment, des matériaux en présence, de l’accessibilité, des équipements de sécurité incendie existants et des contraintes d’exploitation.

Structurer la maintenance et les interventions

La maintenance ne doit pas être traitée comme un simple sujet technique annexe. Elle doit reposer sur des protocoles clairs, des intervenants qualifiés, des vérifications régulières et une traçabilité suffisante. Une installation correctement conçue peut devenir plus vulnérable dans le temps si son suivi est insuffisant.

Comment mieux maîtriser le risque dans les projets photovoltaïques ?

Pour les entreprises, une démarche robuste repose généralement sur cinq leviers.

1. Réaliser un diagnostic initial

Avant un projet ou sur une installation existante, un diagnostic permet d’identifier les non-conformités, les incompatibilités techniques et les zones de vulnérabilité.

2. Intégrer la prévention dès la conception

La prévention incendie doit être intégrée dès les choix d’implantation, de matériaux, de câblage, d’équipements et de protections. Corriger ces sujets après installation est souvent plus coûteux et plus complexe.

3. Sécuriser la réception des travaux

La phase de réception est critique. Elle permet de valider la qualité d’exécution, de formaliser les réserves éventuelles et de s’assurer que les exigences techniques et assurantielles ont bien été prises en compte.

4. Mettre en place un plan de maintenance cohérent

Le maintien dans le temps du niveau de sécurité suppose une organisation claire des contrôles, de la supervision, des interventions et des revues périodiques.

5. Aligner les parties prenantes internes

Le photovoltaïque ne relève pas uniquement d’un sujet énergétique. Il touche aussi la gestion des risques, l’assurance, la conformité et la continuité d’activité. Une coordination réelle entre les directions concernées est indispensable.

Conclusion

Le développement du photovoltaïque en entreprise répond à des objectifs légitimes de transition et de performance. Mais il ne peut être abordé comme un simple projet d’équipement. Parce qu’elles introduisent des expositions spécifiques — notamment en matière d’incendie — les installations photovoltaïques nécessitent une approche rigoureuse de prévention, de vérification et de gouvernance.

Pour les entreprises, l’enjeu est double : sécuriser les actifs et la continuité d’activité tout en préservant la viabilité assurantielle du projet. C’est à cette condition que le photovoltaïque peut pleinement s’inscrire dans une stratégie de résilience durable.

Vous souhaitez évaluer les points de vigilance liés à une installation photovoltaïque existante ou à un projet en cours ? Les experts Marsh peuvent vous accompagner dans l’analyse des expositions, la prévention incendie et la structuration de vos dispositifs de maîtrise des risques.

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Nos équipes

Charles-Henry Madinier

Directeur du département Risk Consulting

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