Les 100 pertes les plus importantes du secteur des hydrocarbures

Un an plus tard : réflexion sur la tempête hivernale Uri

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Selon les données des services spécialisés de Marsh, les catastrophes naturelles sont à l’origine de 13 des 100 plus importants dommages matériels s’étant produits depuis 1974. Divers incidents liés à la sécurité opérationnelle survenus dans le secteur de l’énergie nous ont montré les conséquences d’un manque de préparation efficace face aux phénomènes météorologiques extrêmes, un point qui a été renforcé en 2021.

La gravité et la fréquence des catastrophes naturelles ont augmenté dans de nombreuses régions du monde. En 2021 seulement, les catastrophes naturelles ont entraîné des pertes assurées estimées à plus de 100 milliards de dollars américains[1]. Les ouragans entraînent certaines des pertes liées aux catastrophes naturelles les plus coûteuses, et 21 tempêtes nommées se sont formées en 2021 dans l’Atlantique. Il s’agit du troisième record pour une seule saison, devancé seulement par 2020 (30 tempêtes nommées) et 2005 (28 tempêtes nommées).

La tempête hivernale Uri, qui a eu lieu en février 2021, est digne de mention. Elle a provoqué une vague de froid arctique sans précédent et prolongée accompagnée de températures glaciales, de glace et de neige touchant les actifs énergétiques en amont et en aval situés dans les régions du centre et de l’est des États-Unis. Même si le coût des dommages matériels directs causés par la tempête Uri sur un site donné était bien inférieur au seuil de 189 millions de dollars américains fixé pour figurer au classement 100 LL, l’événement a entraîné d’importants coûts cumulatifs liés à l’interruption des activités. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis estime que les dommages combinés causés par cette tempête hivernale totalisent environ 21 milliards de dollars américains.

Les catastrophes naturelles ont toujours causé des dommages généralisés, et la tempête Uri n’a pas fait exception. Le Texas, qui est le principal État producteur d’énergie aux États-Unis, a connu une défaillance quasi catastrophique de son réseau électrique qui dessert environ 90 % de l’État.

Le réseau électrique de l’État fonctionne indépendamment du réseau national, c’est pourquoi l’État compte principalement sur ses propres ressources de production d’électricité pour répondre à la demande. Le système a eu de la difficulté à répondre à la hausse rapide de la demande pendant la tempête hivernale. Cette situation s’est aggravée davantage du fait que la tempête a entraîné la fermeture ou l’exploitation à des capacités réduites de terminaux pipeliniers, de puits et d’usines de traitement du gaz naturel. Conséquence : l’État a fait face à une pénurie du gaz naturel utilisé pour produire environ 50 % de l’électricité de l’État.

Les actifs pétrochimiques et de raffinage au Texas représentent la moitié de la consommation énergétique de l’État, et la plupart ont été forcés de fonctionner à capacité réduite ou de fermer complètement au moment de la tempête. Les réseaux de distribution, y compris les terminaux d’exportation, les infrastructures ferroviaires et les infrastructures pipelinières, ont également été touchés dans plusieurs régions des États-Unis, notamment la côte du golfe du Mexique et les régions du Midwest. L’approvisionnement en gaz naturel de l’industrie a été réduit de plus de 50 %, et les chaînes d’approvisionnement en pétrole brut ont été réduites de plus de 20 %. Les efforts pour se remettre de la tempête hivernale ont pris plusieurs semaines, car les exploitants d’usine ont évalué et réparé les dommages aux biens et aux machines, y compris les systèmes de tuyauterie, les réservoirs, les systèmes d’instrumentation et l’équipement avant de pouvoir redémarrer les activités en toute sécurité.

Des incidents antérieurs liés à la sécurité opérationnelle, comme ceux survenus à la raffinerie Mckee (2007) et aux installations de produits chimiques de La Porte (2014), nous ont montré les conséquences de l’incapacité de se préparer efficacement aux dangers liés aux phénomènes de froid extrême.

Les installations et les infrastructures sont généralement conçues pour faire face aux conditions météorologiques prévues où elles sont situées, ce qui explique en partie pourquoi l’incidence des phénomènes météorologiques « atypiques » et extrêmes est si prononcée. Prenons par exemple les conditions de gel dans les climats subtropicaux comme la région de la côte américaine du golfe du Mexique, ou les vagues de chaleur dans les climats plus froids. Étant donné la fréquence croissante des conditions météorologiques « atypiques », il ne semble pas qu’il s’agisse de savoir si le prochain événement de ce genre se produira, mais plutôt quand. Les exploitants des régions les plus vulnérables devraient s’assurer d’avoir des plans de gestion des risques et d’urgence adéquats pour protéger leurs actifs et favoriser la continuité des activités.

Les principaux domaines d’intérêt pour les exploitants d’actifs énergétiques existants devraient comprendre les suivants :

  • L’application d’une approche holistique lors de l’examen des risques liés à la sécurité opérationnelle, de la gestion des changements et de la sécurité avant le démarrage, y compris la compréhension des points faibles de tout fournisseur de services publics externe.
  • Élaboration et mise en œuvre d’un plan de pratiques exemplaires en matière d’hivernage, comprenant :
    • La vérification spécifique des équipements essentiels à la sécurité.
    • La gestion des branches mortes[2] (ou leur élimination dans la mesure du possible).
    • La gestion des systèmes à vapeur, y compris les purgeurs de vapeur.
    • La réparation ou le remplacement des isolants endommagés ou manquants.
  • Préparation d’un plan d’urgence particulier anticipant un scénario hivernal prolongé et rigoureux, y compris :
    • L’approvisionnement suffisant de fournitures ou d’installations sur place pour permettre aux travailleurs de quart d’exploiter ou de fermer les usines en toute sécurité.
    • La détermination de la disponibilité et des capacités des ressources, y compris les personnes, les systèmes et l’équipement.
  • La modification des plans existants afin d’inclure des scénarios de tempête continue et de tempête de plus courte durée.

La construction de nouveaux actifs énergétiques dans des régions vulnérables aux risques de phénomènes de froid extrême devrait tenir compte des facteurs de considération de protection contre le gel pendant la phase de conception de l’usine. Les dirigeants voudront peut-être envisager de concevoir des installations pouvant faire face à des phénomènes continus de température ambiante faible — par opposition à des phénomènes de température moyenne faible survenant de façon accidentelle, car l’investissement initial supplémentaire en capital pourrait être compensé par les avantages à long terme de la réduction des coûts d’hivernage, une fois que les sites sont opérationnels. L’impact de la tempête Uri peut indiquer que l’analyse de sensibilité des conditions ambiantes prévues réalisée à l’étape de la conception pourrait devoir tenir compte d’une fourchette plus large que celle étudiée traditionnellement par le passé.

La tempête Uri a renforcé le fait que, bien que la fréquence des tempêtes hivernales de cette ampleur soit actuellement relativement faible pour les régions subtropicales, les répercussions sur la continuité des activités et la perte d’exploitation peuvent être graves et être aggravées par un effet domino, voire créer un effet domino. Les exploitants du secteur de l’énergie devraient donc évaluer leur exposition potentielle aux risques et leur dépendance à l’égard des génératrices d’électricité non protégées (non équipées pour l’hiver), des fournisseurs de matières premières et des sources clients, et s’assurer que les plans de continuité des activités sont ajustés en conséquence.

La résilience des actifs face aux changements climatiques futurs doit être évaluée de façon appropriée afin de cerner les points faibles futurs et de les éliminer. Il est très important que les pratiques exemplaires en matière de préparation aux conditions de froid extrême soient largement diffusées au moyen de rapports, de conférences et des médias sociaux afin d’améliorer les activités d’exploitation, d’entretien et de sécurité dans des conditions météorologiques extrêmes avant et non après la prochaine tempête Uri.



Les 100 pertes les plus importantes du secteur des hydrocarbures

Ce numéro présente également des réflexions sur les deux dernières années et donne aux professionnels de l’industrie de l’énergie un aperçu de l’éventail des pertes qui peuvent se produire, de la diversité des causes profondes potentielles, de la faillibilité des mesures de prévention et de l’ampleur des conséquences éventuelles.

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