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Souscription durable : étapes clés pour atteindre un bilan d’assurance carboneutre

Alors qu’un nombre croissant d’assureurs s’engagent à atteindre la carboneutralité, nous examinons comment ils peuvent réduire les émissions associées à la souscription afin d’y parvenir.

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L’an dernier, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, connue sous le nom de COP26, s’est terminée par un engagement de « réduire par étapes » le charbon, d’arrêter la déforestation, de réduire les émissions de méthane d’ici la fin de la décennie et d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Lors des préparatifs de la COP26 et après la conférence sur le climat, une série d’investisseurs et de sociétés ont annoncé leurs engagements en matière de carboneutralité. Jusqu’à présent, environ 40 % du secteur financier mondial vise la carboneutralité, tandis que plus de 20 assureurs et réassureurs mondiaux se sont joints à la Net Zero Insurance Alliance (NZIA). Et avec des scientifiques de premier plan estimant qu’environ 90 % du PIB mondial est couvert par une cible de carboneutralité, de plus en plus d’assureurs sont susceptibles de suivre ce mouvement.

Il faut donc se demander comment les assureurs et les souscripteurs peuvent s’y prendre pour réduire les émissions associées à la souscription afin d’atteindre la carboneutralité. Au début de leur parcours vers des émissions nulles, trois principaux domaines d’enquête sont susceptibles de se présenter :

  1. Comment peuvent-ils mesurer les émissions et que doivent-ils mesurer?
  2. Armés des mesures ci-dessus, comment peuvent-ils orienter leur portefeuille vers la carboneutralité?
  3. Comment peuvent-ils mettre en œuvre leur stratégie pour réaliser leurs ambitions et leurs engagements tout en protégeant leur rentabilité dans un marché concurrentiel?

Mesures

Jusqu’à ce qu’une méthodologie normalisée du secteur soit adoptée universellement, les assureurs doivent d’abord décider du paramètre d’émissions qu’ils utiliseront. Diverses options sont offertes, notamment :

  • Émissions absolues – quantité totale d’émissions de gaz à effet de serre rejetées.
  • Intensité des émissions – quantité d’émissions par unité de production économique.

Si l’on s’inspire des institutions financières qui s’attaquent à cette question depuis un peu plus longtemps que le secteur de l’assurance, il est clair que selon la composition d’un portefeuille individuel donné, certains paramètres seront plus logiques pour certains assureurs que pour d’autres en fonction de l’industrie ou du secteur où les souscriptions sont effectuées.

Dans le cas de l’énergie, par exemple, il existe une différence fondamentale entre le secteur de l’électricité et celui du pétrole et du gaz. L’intensité des émissions du secteur de l’électricité peut continuellement diminuer et tendre vers la carboneutralité au fur et à mesure que des énergies renouvelables telles l’énergie solaire et l’énergie éolienne sont exploitées et que la production thermique est déclassée. Toutefois, le secteur pétrolier et gazier doit faire face à un défi beaucoup plus difficile, car la chimie établit une limite fondamentale à la réduction de l’intensité des émissions d’un baril de pétrole.

Par conséquent, il se peut que les assureurs utilisent les émissions absolues comme paramètre pour le secteur pétrolier et gazier et une forme de paramètre d’intensité des émissions pour le secteur de l’électricité. Le point clé ici est que le paramètre peut être choisi selon le secteur pour refléter les réalités des transitions dans celui-ci.

L’aspect suivant auquel un assureur peut porter attention est la portée des émissions qui seront incluses. Une entreprise peut inclure les émissions de l’ensemble de la chaîne de valeur, y compris l’approvisionnement et la distribution, des entreprises d’un secteur particulier, ou se concentrer plutôt sur les émissions des activités de base de portée 1 (émissions directes) et de portée 2 (émissions indirectes).

Une fois qu’un assureur a convenu des émissions à mesurer, il peut décider de la façon dont il attribue les émissions à une transaction d’assurance particulière. En général, cela a été plus facile pour les banques et les investisseurs, car ils peuvent adopter une approche fondée sur la valeur de l’entreprise puisqu’ils connaissent la dette totale et la valeur nette réelle de celle-ci ainsi que leur part de cette dette ou de cette valeur nette réelle. Ils peuvent ensuite répartir les émissions en fonction de ce ratio.

Les assureurs peuvent également considérer les primes ou les montants de garantie comme un moyen d’attribuer les émissions, bien qu’ils n’aient pas nécessairement les données sur les primes d’achat totales d’une entreprise donnée ou les montants totaux de garantie en cours auprès de divers assureurs.

Les assureurs devront ensuite décider de la façon dont les différents secteurs d’activité doivent être traités. La contribution aux émissions des couvertures de construction ou de biens, par exemple, peut être très différente de celle de l’assurance responsabilité civile générale. Par conséquent, il faut se demander si certains types de polices doivent être exclus de ce cadre ou être pondérés différemment.

Il y a aussi la question des données. Un assureur peut vouloir avoir une vision précise et prospective des émissions d’un client particulier afin de comprendre comment elles peuvent s’aligner sur les objectifs d’un portefeuille. Mais ce type de données peut être très difficile à obtenir pour les petites entreprises non cotées, les PME ou les actifs individuels.

Les assureurs pourraient devoir se tourner de plus en plus vers de nouvelles méthodes pour trouver des références et des mandataires à utiliser dans de tels cas. Cela ne veut pas dire qu’ils ne devraient pas tenter d’obtenir les meilleures données possible, mais une stratégie est nécessaire pour aider à améliorer l’environnement de données au fil du temps et laisser la place pour une évaluation du cheminement du client vers la carboneutralité.

Obtenir un portefeuille carboneutre

Comment un assureur est-il susceptible de mener un portefeuille vers la carboneutralité? Généralement, les assureurs pilotent et gèrent le changement selon des stratégies industrielles ou sectorielles. Ainsi, de nombreux assureurs ont commencé par les secteurs les plus exigeants en matière d’émissions, dont le pétrole et le gaz ainsi que l’électricité.

En utilisant des points de référence – normes pour mesurer le rendement – ainsi que des modèles d’évaluation intégrés provenant de climatologues et d’institutions d’étude du climat, comme les agences nationales d’énergie, les assureurs ont établi des voies possibles pour atteindre la carboneutralité. Ils sont ensuite en mesure d’analyser la façon dont leur portefeuille s’aligne sur ce cheminement et de commencer à répondre à la question de savoir si les étapes clés de la transition sont réalisables pour un secteur particulier pour lequel ils offrent une couverture. Si les objectifs sont réalisables, les assureurs peuvent alors mettre en place un cadre pour pousser ces cibles dans les secteurs qu’ils assurent tout en offrant aux assurés suffisamment de latitude pour gérer les différences dans les conditions du marché et les tensions concurrentielles.

Un autre élément à prendre en considération est la cohérence dans la façon dont l’assureur aborde le volet souscription de ses affaires, les différentes gammes de produits ainsi que l’activité dans son propre portefeuille d’investissements. Cet alignement intérieur et extérieur peut évoluer à un rythme différent et être plus ou moins pertinent selon l’assureur.

Il faut aussi tenir compte du conflit entre la Russie et l’Ukraine et déterminer si celui-ci aura une incidence sur les ambitions de souscription durable des assureurs. Il pourrait y avoir des demandes d’assurance pour des projets qui ne concordent pas nécessairement avec ce programme, alors que les pays cherchent à réduire leur dépendance envers les carburants russes. L’Italie, par exemple, a déjà dit qu’elle envisage de recourir davantage au charbon. L’énergie nucléaire pourrait redevenir attrayante pour les gouvernements qui s’attaquent aux questions de sécurité énergétique.

De tels changements pourraient donc entraîner un pic à court terme des émissions de carbone. Toutefois, en Europe, il y a des chances pour que la sécurité énergétique puisse être atteinte par des moyens durables, ce qui accélérerait de ce fait la transition vers une infrastructure énergétique plus résiliente et un avenir sans carbone.

Proposition

La façon dont ces divers paramètres et décisions d’affaires sont traduits en indicateurs de rendement clés et en incitatifs pour les différents secteurs d’activité, puis intégrés aux processus clés, à la gestion des risques, à l’innovation, à la planification stratégique et, ce qui est essentiel, à l’activité de souscription, joue un rôle crucial dans le long parcours qui s’annonce.

Les assureurs auront besoin d’un cadre de travail pour segmenter leur clientèle en fonction de cette analyse. Il sera capital qu’ils puissent ensuite discuter avec leurs clients de la transition, de leur opinion au sujet du déroulement de celle-ci dans leur secteur et de la signification du parcours qu’ils vont entreprendre ensemble.

La dernière chose à prendre en considération est la formation du personnel sur l’utilisation et l’application du cadre de travail. Ces cadres de travail seront probablement complexes et ils influenceront la façon dont les employés travaillent, ainsi que les incitatifs financiers qui leur seront offerts. En général, l’application des cadres de travail ne réussira que si le personnel clé s’engage tout au long du processus – c’est-à-dire en imaginant, en développant, en testant et, enfin, en mettant en œuvre les cadres en question.

L’exécution d’un programme de changement de cette ampleur prendra du temps et comportera sans aucun doute son lot de défis. Marsh reste proche des divers groupes pertinents et continuera de tenir ses clients au courant.

Si vous avez des questions au sujet des bilans d’assurance carboneutres, veuillez communiquer avec votre conseiller Marsh.

Souscription durable : étapes clés pour atteindre un bilan d’assurance carboneutre

* Disponible en anglais seulement

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