Article

Perspectives de risque T3 2021

Les hausses des prix des produits de base, les chaînes d'approvisionnement fragiles, les pénuries de travailleurs dans certaines industries et les licenciements dans d'autres, et les programmes de dépenses massives de l'État liés à la pandémie alimentent l'instabilité politique

Sommaire

La hausse des prix des marchandises, la fragilité des chaînes d’approvisionnement, les pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs et les mises à pied dans d’autres, ainsi que les programmes de dépenses massives des états en raison de la pandémie alimentent une instabilité politique dont les effets peuvent nuire à la croissance économique et déclencher des développements spectaculaires dans plusieurs marchés émergents. Les troubles latents, les élections à venir et les changements soudains dans le cadre juridique menacent la participation des investisseurs dans plusieurs régions, depuis les marchés à faible risque jusqu’à ceux qui sont déjà très risqués.

La reprise des économies avancées est attribuable à des investissements publics et privés importants, ainsi qu’au rétablissement de la confiance commerciale qui a accompagné le déploiement des vaccins. Par contre, un certain nombre de pays émergents, en particulier dans l’hémisphère sud, continuent de composer avec des problèmes qui existaient déjà avant la pandémie et semblent donc involontairement liés à une transformation imprévue de leurs systèmes sociaux et économiques.

Les risques politiques d’un large éventail de problèmes, depuis la transition vers des pratiques plus durables dans le secteur de l’énergie jusqu’à la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en produits non durables (comme le sucre et le blé), ont une incidence sur les investisseurs, les négociateurs et les paiements. L’évaluation et la couverture proactive des risques pour protéger les actifs et les investissements stratégiques, pendant que les primes sont toujours basses et que la capacité est disponible, pourraient constituer une mesure opportune.

1. Luttes de pouvoir et risque politique en territoires inexplorés

Partout dans le monde, les grandes sociétés pétrolières subissent des pressions internes et externes pour faire progresser la transition écologique, ce qui incite certaines d’entre elles à se défaire de parties de leurs portefeuilles. Cette situation aura probablement des effets combinés sur les économies nationales. Les sorties de capitaux laisseront certains gouvernements et certaines sociétés nationales avec moins de liquidités et plus à risque quant à la solvabilité de la dette. Dans d’autres cas, la dépendance face aux marchandises et la viabilité des voies commerciales stratégiques peuvent placer certains pays dans une position vulnérable.

Menaces potentielles

  • Guerres entre les états
  • Modifications de contrats
  • Expropriation
  • Non-paiements

1.1 Pétrole et gaz : la compétition pour les ressources énergétiques augmente les tensions dans la région Asie-Pacifique

Le prix du pétrole brut a plafonné au cours du premier semestre de 2021, atteignant un niveau trois fois supérieur à celui du début de 2016. Cependant, les dépenses en immobilisations du premier trimestre ont été inférieures de 28 % à celles du trimestre correspondant de 2020, et représentent la deuxième plus basse somme pour un trimestre depuis 2016. Plusieurs raisons peuvent avoir refroidi l’intérêt des investisseurs dans le secteur, en commençant par une diminution de l’appétit pour les combustibles fossiles. La transition écologique, qu’elle soit ordonnée par les tribunaux nationaux (comme dans le cas de Shell) ou encouragée par les investisseurs institutionnels et l’opinion publique, a été stimulée par la hausse des prix du pétrole. Cela permet aux entreprises de résister à une baisse des prix du pétrole par la réduction des coûts, tandis que les prix plus élevés mènent à des flux de trésorerie positifs (voir le tableau ci-dessous) et à de meilleurs rendements pour les actionnaires. D’autre part, les dépenses en immobilisations demeurent faibles et pourraient avoir des effets à long terme sur la disponibilité et les 

* Image disponible en anglais uniquement

Une cause plus traditionnelle, et peut-être sous-estimée, est que l’activité d’extraction peut entraîner un risque politique plus élevé, souvent en alimentant des conflits territoriaux latents. Cela s’est produit au Moyen-Orient et en Afrique, ainsi qu’en Amérique du Sud, où l’on a récemment observé des litiges portant sur le forage pétrolier près des îles Malouines. Au cours des derniers mois, toutefois, les développements en matière de politique étrangère américaine et chinoise ont révélé un niveau de risque politique croissant en Asie du Sud-Est, une région moins touchée par ces risques au cours des dernières années. Non seulement ce territoire est une source de demande énergétique de premier plan, mais c’est aussi là que s’est fait l’investissement le plus important depuis l’an 2000.

En Asie du Sud-Est, l’intérêt grandissant des gouvernements et des investisseurs pour la question des changements climatiques peut signifier que les emprunteurs ayant un mauvais dossier en matière d’écologie peuvent être confrontés à des politiques sur les gaz à effet de serre et à des limites de disponibilité du crédit. Les risques physiques découlant des changements climatiques, comme les typhons, les inondations et les feux de brousse, ont augmenté. Toutefois, les risques politiques, découlant de l’imposition de politiques environnementales par les gouvernements, et les risques liés à l’accès au financement, notamment en raison des prêteurs et des investisseurs qui se retirent des industries à forte teneur en carbone, demeurent élevés. Les problèmes technologiques, comme la pénurie de puces électroniques, pourraient avoir une incidence sur les activités des émetteurs à court terme et sur leurs modèles d’affaires à long terme. Pendant ce temps, la confrontation stratégique entre les États-Unis et la Chine se poursuit, et cette dernière cherche à faire du contrôle régional un volet essentiel de sa stratégie globale.

La confrontation s’intensifie dans la mer de Chine méridionale, et les perturbations augmentent dans les eaux territoriales des états côtiers. Ces événements semblent indiquer que pendant que la majeure partie du monde se concentre sur la pandémie, la mer de Chine méridionale est devenue une bombe potentielle pour la région, alors que Beijing a tenté d’imposer sa « ligne en neufs traits », une frontière non reconnue, délimitant une zone qui englobe environ 85 % de ses eaux territoriales et dans laquelle transitent chaque année des marchandises d’une valeur de 3,4 billions de dollars américains.

Le développement du champ gazier de Kasawari, découvert en 2011, est à l’origine de tensions récentes. Il est situé à 4,3 milles marins au nord d’un autre champ gazier, et les deux champs alimentent le projet de GNL de la Malaisie à Bintulu. Les navires de la garde côtière chinoise font également des excursions fréquentes dans les bancs de Luconia et y restent souvent déployés pendant des mois. En juin, les navires de la garde côtière chinoise ont contesté de nouveaux développements pétroliers et gaziers malais près de la côte du Sarawak. Dans ses accusations, la Malaisie a signifié son mécontentement pour ce qu’elle qualifie de non-respect du droit international par la Chine. Les tensions créées par la présence des navires de la garde côtière chinoise augmentent donc les risques de répudiation de contrats. Le déploiement simultané du soutien aérien démontre la volonté de Beijing de tirer parti de l’escalade parallèle et soulève des inquiétudes quant aux conséquences possibles et imprévues.

* Image disponible en anglais uniquement

1.2 L’arrivée d’une ère de changement

Les secteurs pétrolier et gazier des pays de la région Asie-Pacifique pourraient également connaître des changements importants. La région s’éloigne d’un modèle de gouvernance basé sur les ressources, qui permet aux propriétaires de ressources d’utiliser leurs propres outils d’extraction, pour adopter un modèle axé sur l’infrastructure. Selon ce modèle, le capital économique provient d’un ensemble varié de propriétaires de ressources, avec système de péage.

Les défis entourant les prix mondiaux du pétrole ont également accéléré la nécessité de modifier la propriété à intégration verticale, car les sociétés pétrolières cherchent à se défaire d’actifs non essentiels. Cela a mené des investisseurs non traditionnels à s’engager dans le secteur des hydrocarbures en achetant des actifs vendus à des tarifs fortement réduits. L’accès à ces actifs permettra à ces investisseurs de tirer parti de la perturbation du cadre de propriété et d’acquérir une connaissance spécialisée des secteurs pétrolier et gazier.

Malgré les avantages, ce secteur demeure difficile. En raison des connaissances spécialisées requises pour la production en amont, il est essentiel de comprendre et de savoir gérer les risques opérationnels associés aux projets d’hydrocarbures. Les risques relatifs à la gouvernance, à la réputation et à l’environnement sont intrinsèquement liés au secteur pétrolier et gazier, et les dangers en milieu de travail sont élevés dans le secteur. Sur le plan des opérations, les nouveaux investisseurs auront également besoin de solides compétences en négociation s’ils cherchent à adapter leurs ententes commerciales pour mieux les harmoniser avec leur tolérance au risque. Les questions d’environnement, de société et de gouvernance (ESG) prennent de plus en plus d’importance, au fur et à mesure que le secteur recherche des moyens de production plus durables.

La confiance dans la réglementation est également cruciale, car l’investissement étranger direct peut se révéler difficile dans certains pays de la région Asie-Pacifique. Cela est principalement dû au fait que les sociétés pétrolières appartenant à l’état sont tenues d’exploiter l’infrastructure pétrolière et gazière pour le gouvernement. Au fur et à mesure que les investissements se déplacent vers une infrastructure d’amont, les difficultés augmentent en raison de la discordance marquée des investissements dans les plateformes en mer, comparativement à un système de pipeline terrestre. Les coûts associés au développement et à l’exploitation des champs d’hydrocarbures en mer et la nécessité de transformer le pétrole brut en produits à valeur ajoutée sont des préoccupations courantes pour les investisseurs. De plus, l’Asie du Sud-Est connaît des taux accrus d’urbanisation et une plus grande dépendance à l’électricité. Ces deux facteurs peuvent être des moteurs d’agitation sociale et de mouvements populaires, car la demande plus élevée et les heures de pointe peuvent avoir une incidence sur la disponibilité et l’accessibilité.

La croissance de la classe moyenne fera probablement augmenter la demande de gaz naturel liquéfié à long terme. Par conséquent, les gouvernements de la région misent sur une reprise économique axée sur l’infrastructure, après la pandémie. La convergence des intérêts, étant donné que les investisseurs cherchent à acquérir des actifs stables pendant que les propriétaires de ressources cherchent à réduire leurs activités, a stimulé un marché qui offre un grand potentiel et un contexte d’investissement susceptible de devenir plus viable pour les acteurs externes.

2. Le risque politique assombrit les perspectives du secteur minier

L’industrie minière accorde une attention croissante aux problèmes d’environnement, de société et de gouvernance, qu’elle considère comme une question urgente, car la protection des ressources naturelles continue de définir l’ordre du jour des entreprises à l’échelle mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, d’ici 2040 et conformément aux objectifs de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, la demande mondiale augmentera de plus de 40 % pour le cuivre, de 60 % à 70 % pour le nickel et le cobalt, et de presque 90 % pour le lithium. Cependant, le secteur minier fait face à un certain nombre de mesures controversées par des gouvernements nationaux, à une conscientisation accrue du public et à des demandes des communautés locales, tout cela pouvant réduire l’appétit des investisseurs et soulever des inquiétudes parmi les prêteurs.

Menaces potentielles

  • Grèves, émeutes et mouvements populaires
  • Répudiation de contrats
  • Expropriation larvée

2.1 Prix élevés dus aux législations, à la fragilité des chaînes d’approvisionnement et aux goulots d’étranglement

Les prix des métaux, comme le minerai de fer et le cuivre, ont atteint des sommets historiques au cours du premier semestre de 2021. Cela est dû à une forte reprise économique, stimulée par les programmes de relance gouvernementaux dans de nombreuses économies avancées, par des dépenses d’infrastructure vigoureuses et par la production énergétique dans plusieurs marchés émergents, sans oublier la reprise des activités commerciales et économiques. On s’attend à ce que les prix demeurent élevés au deuxième semestre, car les fournisseurs ont de la difficulté à suivre le rythme de la demande et sont confrontés à des chaînes d’approvisionnement épuisées et à des goulots d’étranglement du transport, les répercussions de la COVID continuant de se faire sentir partout dans le monde.

Dans plusieurs pays, on a observé des conflits portant sur l’utilisation du sous-sol et des ressources. À un moment où la pandémie a creusé les écarts sociaux et économiques, et dans un contexte de méfiance à l’égard des institutions, la hausse des prix pourrait être perçue comme un autre échec des efforts de redistribution de la richesse. Les grèves et les barrages routiers dans d’importants pays d’Amérique latine ont ralenti l’activité portuaire. Les actions se sont étendues à d’autres groupes de travailleurs, les syndicats exigeant de meilleures conditions économiques, sociales et environnementales.

La plupart des régions où la production minière est très importante, comme celle du cuivre, sont fortement vulnérables au risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires (voir le graphique ci-dessous). Le Chili, la République démocratique du Congo (RDC), le Mexique et le Pérou se partagent 54 % de la production mondiale de cuivre et 44 % de ses réserves. Leur cote de risque concernant les grèves, les émeutes et les mouvements populaires se situe entre 5,5 et 6,5 sur 10 (risque maximal), ce qui indique un potentiel d’imprévisibilité des politiques, d’empêchement d’exécution des contrats et de changements des législations. Les inégalités économiques, l’accès inégal aux programmes d’aide sociale et le manque de confiance dans les institutions sont des traits communs qui se sont aggravés au cours des 18 derniers mois. Ces facteurs peuvent déclencher de l’agitation sociale et enflammer des tensions supplémentaires dans des pays qui ont besoin de stabilité macroéconomique, d’indépendance des organismes de supervision et de prévisibilité des politiques pour attirer de nouveaux investissements.

* Image disponible en anglais uniquement

Les pays choisis représentent 82 % de la production mondiale
Axe vertical : production de cuivre en 2020, en millions de tonnes métriques
Axe horizontal : évaluation du risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires
Taille : réserves (estimation)

Source : étude des risques mondiaux de Marsh, enquête géologique américaine

2.2 Développement du secteur minier au Chili, en Afrique subsaharienne et aux Philippines

Le Congrès national du Chili étudie actuellement plusieurs projets de loi déposés par l’opposition, susceptibles d’avoir des répercussions sur le secteur minier. Ces projets de lois comprennent la mise en place de redevances supplémentaires sur les ventes de cuivre pour financer les programmes sociaux, ainsi que des restrictions sur les activités minières près des glaciers. La société minière nationale, Codelco, a déclaré que cette dernière mesure pourrait mettre en danger 40 % de sa production de cuivre. Dans ce pays, de nombreuses grandes sociétés minières paient actuellement un taux fixe ou invariable de redevances sur le cuivre, peu importe son prix, en vertu d’ententes qui sont en vigueur jusqu’en 2023. Ces contrats pourraient être réexaminés après l’élection générale de novembre, par les autorités nouvellement élues qui entreront en fonction en mars 2022.

La Convention constitutionnelle du Chili, dont les membres ont été élus en mai 2021 au milieu des manifestations qui secouaient le pays, devra également réexaminer l’accès aux ressources naturelles et leur exploitation. Les principales régions minières du Chili, Antofagasta et Atacama, ont élu des candidats indépendants qui défendent l’exploitation minière durable et la protection des ressources naturelles. Les mines situées dans ces régions comprennent Escondida, la plus grande mine de cuivre au monde, et Chuquicamata. Même si la loi actuelle empêche les responsables de la réglementation de réexaminer des contrats ou d’annuler des concessions, il est probable que ceux-ci s’opposeront plus fortement aux méga-activités minières si elles sont perçues comme dangereuses pour l’environnement ou les sources d’eau. Cela augmentera également la probabilité des appels devant les tribunaux locaux et de l’opposition populaire.

En 2010, pendant le premier mandat du président Sebastian Pinera, les sociétés minières ont été persuadées d’accepter une hausse fiscale temporaire en échange de la prolongation des accords de stabilité fiscale, après la dévastation du pays par un tremblement de terre et par un tsunami. Cette fois-ci, le manque général de cohésion au sein du gouvernement ne permet pas d’adopter une approche cohérente qui permettrait à la fois de négocier des ententes aussi productives avec les sociétés minières et de répondre à la pression grandissante de la population.

Par conséquent, le risque de répudiation contractuelle augmente au Chili, tout comme le risque d’expropriation larvée dans l’ensemble de l’Amérique latine, particulièrement au Pérou et au Mexique. Au Pérou, malgré l’incertitude causée par le contentieux électoral entre Pedro Castillo et Keiko Fujimori ainsi que les inquiétudes connexes concernant de possibles expropriations dans le secteur, le ministère de l’énergie et des mines a déclaré que l’investissement minier avait augmenté de 8,3 %, ce qui représente 1,7 milliard de dollars américains, entre janvier et mai (comparativement à 2019).

Il est probable que l’Amérique latine continuera d’être vulnérable aux conflits politiques et à leurs effets néfastes sur l’investissement, mais l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-Est pourraient aussi connaître des turbulences qui mettraient en danger les ententes conclues et le rendement des investissements.

En juin, les groupes de lutte contre la corruption de la République démocratique du Congo ont estimé que les contrats douteux pourraient représenter des pertes de revenus de 4 milliards de dollars américains pour le pays. Le gouvernement a entrepris une série de résiliations de contrats, octroyés par les administrations précédentes, pour tenter de redresser des conditions économiques défavorables. La hausse des prix de produits de base comme le cuivre et le nickel devrait inciter les gouvernements à imposer de nouvelles redevances, mais celles-ci n’auront probablement pas d’incidence sur la production.

Aux Philippines, deuxième plus grand producteur de nickel, une réforme du secteur minier devrait agrandir les zones de réserve minérale, lever l’interdiction d’octroi de nouveaux permis et imposer des coûts supplémentaires aux opérations minières. Le gouvernement cherche à augmenter ses revenus pour combler un déficit budgétaire grandissant, qui devrait atteindre 9,4 % de son PIB en 2021. En 2020, la contribution des sociétés minières au budget national représentait 0,2 % du PIB. D’autres pays dans la région pourraient prendre des mesures semblables afin de financer les dépenses courantes et d’éviter la baisse de popularité qu’engendrerait une augmentation des impôts.

Risque politique

En collaborant avec nous, vous pouvez être mieux préparé à gérer les actions ou les événements gouvernementaux qui pourraient avoir une incidence sur vos actifs et vos investissements mondiaux, et à reprendre vos activités à la suite de ceux-ci.

3. Produits de base : nourriture, eau et conflits

Les hausses des prix des produits de base et les incertitudes en matière d’approvisionnement peuvent avoir une incidence sur la situation macroéconomique. La diminution du pouvoir d’achat alimente le mécontentement à l’égard des institutions, et certains gouvernements reculent en matière de diversification économique et de relations diplomatiques. Le risque politique découlant du conflit qui perdure dans la mer Noire et des renégociations de contrats dans les pays surendettés peut avoir des conséquences indirectes sur d’autres entreprises.

 

Menaces potentielles

  • Grèves, émeutes et mouvements populaires
  • Risques juridiques et réglementaires
  • Guerres entre les états
  • Risques juridiques et réglementaires

3.1 Ukraine et Argentine

Les décisions politiques et les escalades militaires façonneront l’environnement commercial dans des marchés hautement rémunérateurs et risqués, comme l’Argentine et l’Ukraine. L’accord de libre-échange entre l’Ukraine et l’UE est en place depuis cinq ans, ce qui contribue au déplacement des marchés de destination de la Russie vers l’Europe occidentale. Pendant ce temps, l’appétit de la Chine pour les cultures ukrainiennes a fortement augmenté au cours des dernières années, et l’Ukraine est actuellement le principal fournisseur de la Chine en blé, en huile de tournesol et en tourteau de tournesol, ces denrées ayant dépassé les métaux et minerais comme principaux produits d’exportation.

Le début d’une vente limitée et longuement attendue de terres agricoles, en juillet, devrait stimuler le rendement des récoltes ukrainiennes, juste au moment où les prix des aliments atteignent un sommet en près d’une décennie. Les citoyens ukrainiens pourront acheter et vendre jusqu’à 100 hectares par année. La négociation par les entreprises pourrait commencer dans un avenir rapproché. Cependant, les sondages d’opinion publique indiquent un faible appui aux ventes de terres agricoles aux étrangers, une mesure qui sera décidée par un référendum après 2024. L’influence des oligarques sur le marché, ainsi que la volonté de l’organisme de réglementation d’empêcher le regroupement des terres en vastes domaines, restent à vérifier. La mise en place d’un solide marché des terres sera cruciale pour la transformation du pays vers une économie évoluée axée sur l’UE. Des investissements importants devraient avoir un effet considérable sur les prix, multiplier les initiatives internationales au pays et secouer un système judiciaire lent et controversé. De plus, les strictes conditions de crédit et les antécédents limités (souvent inexistants) des entreprises locales comme emprunteurs à long terme exposent le secteur des agro-entreprises à l’alternance de périodes d’activité économique élevée et faible, une dynamique à laquelle l’Ukraine est encore sujette.

La transition des métaux aux produits de base a contribué à maintenir l’équilibre actuel des finances de l’Ukraine, mais a fait peu pour réduire la dépendance commerciale du pays face aux goulots d’étranglement des routes maritimes. L’arrivée de navires occidentaux, principalement anglo-américains, a augmenté après avril 2021. Cependant, dans les jours précédant le sommet de l’OTAN qui a eu lieu les 13 et 14 juin, un destroyer américain, une frégate hollandaise et un destroyer britannique, le HMS Defender, ont traversé les détroits des Dardanelles et du Bosphore sur leur chemin vers le port ukrainien d’Odessa. Le 23 juin, l’armée russe a tiré des boulets de canon et des bombes d’avertissement en direction du HMS Defender, pendant que celui-ci naviguait près des côtes de la Crimée. En juillet, le président Vladimir Poutine a signé un décret accordant aux forces armées de la Russie le droit de bloquer le détroit de Kertch, qui relie la mer Noire et la mer d’Azov. L’arrivée des navires occidentaux marquait le début symbolique des préparatifs de l’exercice Sea Breeze, un exercice d’entraînement militaire multinational qui a lieu chaque année depuis 1997. Les navires de guerre de 32 nations, un nombre record, participaient à l’exercice de cette année, qui a pris fin le 10 juillet. Les escarmouches près de l’Ukraine pourraient entraîner un ralentissement des plans de développement du pays, en détournant les dépenses de soutien à long terme vers la logistique et l’infrastructure, le pluralisme économique et les réformes militaires. On a déjà entrepris la construction d’infrastructures dans la zone côtière occidentale de la mer Noire, afin de pouvoir contourner ce qui semble être des menaces permanentes dans la mer d’Azov. La présence d’un si grand nombre de navires dans la région expose sans aucun doute l’Ukraine au risque d’escalades imprévues, ce qui pourrait augmenter les arriérés, les réclamations découlant de garanties avant expédition, les paiements anticipés et les crédits à court terme. Cette situation pourrait par la suite avoir des répercussions sur d’autres économies côtières, comme celles de la Turquie.

Pendant ce temps, en Argentine, de nouvelles politiques pourraient mettre à risque le secteur maritime et le commerce. Le gouvernement a décidé de sous-traiter le dragage du fleuve Parana, la plus importante voie d’exportation de céréales du pays, pour un an, pendant qu’il prépare une concession à long terme. La décision a soulevé des inquiétudes chez les chefs de file du secteur privé des céréales, qui s’opposent à un rôle accru de l’État dans le principal système logistique du pays. Environ 80 % des exportations agricoles du pays sont chargées aux ports de Rosario, puis transportées sur des navires de marchandises le long du fleuve Parana jusqu’aux routes maritimes de l’océan Atlantique. Le fleuve Parana a fait de l’Argentine l’un des exportateurs de produits alimentaires les plus efficaces au monde. Le chargement des marchandises sur les navires directement à Rosario permet d’éviter l’utilisation des barges inefficaces et des camions qui retardent l’expédition au Brésil et aux États-Unis. Toutefois, les récentes protestations des travailleurs de la construction dans le plus grand port céréalier de l’Argentine, à Rosario, ont grandement ralenti les exportations, les routes étant bloquées à certains terminaux clés. D’autres protestations avaient eu lieu en 2021, en appui aux travailleurs mis à pied dans des secteurs connexes en raison de la récession et du manque d’accès aux vaccins. Plusieurs grèves déclenchées en mars, mai, juin et juillet ont paralysé les exportations, ce qui a jeté le doute sur la capacité du gouvernement à répondre adéquatement aux demandes.

3.2 La crise indienne

La décision de l’Inde d’aller de l’avant avec le mélange d’éthanol dans l’essence, afin de réduire la pollution et les coûts d’importation de pétrole, pourrait entraîner le plus grand bouleversement de la production mondiale de sucre dans les 12 dernières années.

D’ici 2025, le Groupe Czarnikow prévoit que l’Inde produira 27 millions de tonnes métriques de sucre, comparativement à sa production antérieure de 33 millions de tonnes métriques. Avec une consommation nationale qui tourne aujourd’hui autour de 25 millions de tonnes métriques et qui devrait augmenter, l’Inde cesserait d’être un important producteur et exportateur de surplus de sucre. Cela pourrait exacerber encore plus les tensions sur les prix des aliments au pays, exiger des investissements supplémentaires dans des zones agricoles déjà en difficulté et augmenter la volatilité des prix mondiaux.

Les prévisions indiquent que le PIB pourrait rebondir en 2021, après une contraction grandement inattendue de 8 % en 2020, principalement causée par les mesures liées à la pandémie. Cependant, comme les cas de COVID-19 continuent d’augmenter, la reprise économique indienne risque d’être compromise. La distribution lente des vaccins, aggravée par des mutations du coronavirus, pourrait réduire l’élan commercial, car la fragilité du système de santé a contribué à l’incapacité du pays à combattre les éclosions à l’échelle nationale. Les pressions financières sur les ménages en province, les faibles taux de productivité et un environnement de création d’emploi toujours plus tendu se combinent pour réduire le taux d’expansion économique. Récemment, les institutions financières non bancaires subissent des pressions, ce qui mène à une surveillance accrue du crédit de détail et à une baisse de la consommation.

3.3 Asie centrale

Les législateurs de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Kirghizstan négocient encore la démarcation de leurs frontières, un processus qui se révèle long. Le pétrole brut, le gaz naturel et les richesses minérales forment la majorité des ressources contestées, mais les nations sont également en concurrence pour l’accès aux rivières et aux canaux de la région ainsi que pour leur contrôle. Malgré des données démographiques positives et, dans certains cas, des perspectives économiques supérieures à la moyenne, la rareté de l’eau est au cœur de la diplomatie en Asie centrale. Les litiges liés à l’eau peuvent menacer la stabilité à long terme dans la région.

L’Ouzbékistan compte fortement sur l’eau pour alimenter son secteur agricole, principalement basé sur la production du coton. D’autre part, le Kirghizstan et le Tadjikistan ont tous deux construit de nombreux barrages le long de rivières qui se déversent en Ouzbékistan, afin d’obtenir une source d’électricité fiable. Il s’agit d’une position politique de longue date pour ces deux pays, qui ne produisent actuellement qu’environ 10 % de leur potentiel hydroélectrique.

L’Ouzbékistan et le Liechtenstein sont les seuls pays au monde à être doublement enclavés. Cela signifie que l’Ouzbékistan a besoin de maintenir des relations harmonieuses avec ses voisins pour être en mesure de négocier à l’étranger et d’approvisionner sa population, qui est la plus importante de la région et 1,8 fois celle du Kazakhstan, dont le territoire est beaucoup plus vaste.

Le Tadjikistan et le Kirghizstan produisent environ 90 % de leur électricité à partir de l’énergie hydroélectrique. Les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, qui sont tous deux des affluents émanant du Kirghizstan et du Tadjikistan, sont vulnérables aux sécheresses saisonnières, et les pannes d’électricité sont courantes dans ces pays situés en amont.

obtenir et donner de l’information.

Carte de rareté de l’eau

AQUASAT – Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

En avril 2021, un conflit frontalier a éclaté près de Vorukh, une enclave tadjike située dans le Kirghizstan. Les deux parties revendiquaient le contrôle d’un réservoir et d’une station de pompage près d’une rivière. Le conflit a causé plus de 50 morts et le déplacement de plus de 40 000 personnes. En mars, l’Ouzbékistan a signé une entente avec le Kirghizstan, surendetté, afin de conserver le contrôle d’une importante infrastructure d’irrigation et de limiter tout autre développement d’infrastructures hydrauliques susceptibles de détourner les eaux. Le réservoir Orto-Tokoy a été reconnu comme un territoire kirghize, mais les Ouzbeks pourront l’utiliser gratuitement pour irriguer leurs champs. Une gestion pacifique de ces différends aidera l’Ouzbékistan à prévenir la surchauffe de son économie, à une époque d’investissements importants et de croissance de la dette publique, qui a doublé en deux ans et devrait dépasser 40 % du PIB en 2021. Inversement, il est probable qu’une montée des disputes locales soit utilisée par les pays voisins pour exercer des pressions sur Tachkent et obtenir une aide économique supplémentaire.

Lorsqu’il est question de marchandises, le risque ne connaît pas de frontières

Les changements climatiques, l’adhésion aux normes d’ESG et l’évolution des politiques augmentent les risques liés aux produits de base. Ces facteurs s’intègrent au risque politique à tous les niveaux.

Les principaux risques politiques à court et à moyen terme sont les changements soudains et arbitraires de la réglementation fiscale et opérationnelle, l’expropriation, le transfert et la convertibilité, ainsi que la violence politique. Il est donc probable que l’escalade de la violence personnelle, des rassemblements éclair et des émeutes mène à des perturbations internes, à des crises institutionnelles, ou même à des conflits.

Pendant ce temps, les goulots d’étranglement du commerce et les cyberattaques sur l’infrastructure physique laissent peu de possibilités aux décideurs politiques et aux forces de l’ordre en matière de prévention ou d’intervention. La fragilité des chaînes d’approvisionnement a aussi donné lieu à une industrialisation de remplacement des importations, comme on l’a constaté dans des pays soumis à des sanctions internationales, ce qui a eu des répercussions sur la production et l’approvisionnement mondiaux de certains matériaux et composants ainsi que sur les flux commerciaux en général.

Les goulots d’étranglement de la production et du commerce peuvent entraîner une augmentation des risques liés au crédit, comme les non-paiements, les demandes de report des échéances et la perte globale de clientèle. Des dispositifs financiers pourraient être mis en place, ce qui pourrait nécessiter des mesures supplémentaires avant l’expédition et une protection avancée des paiements pour protéger les entreprises contre les perturbations logistiques.

La probabilité et l’incidence mondiale de ces facteurs ont pour conséquence le nivellement du risque. Lorsqu’il est question de produits de base, la possibilité d’un effet papillon causé par une perturbation inattendue dans des pays lointains mérite une couverture à un prix abordable.