COVID-19 : les répercussions sur les demandes d’indemnisation des accidents du travail

La pandémie de COVID-19 pose de nombreux problèmes aux entreprises, notamment une hausse du risque de maladies du travail. Toutefois, les répercussions sur les systèmes d’indemnisation des accidents du travail pourraient être beaucoup plus importantes, notamment une hausse de la fréquence des réclamations dans certains secteurs, une hausse générale des coûts et un alourdissement du fardeau administratif pour de nombreux employeurs.

Une myriade de sources de réclamations

La fréquence globale des demandes d’indemnisation des accidents du travail pourrait chuter pendant la pandémie, car moins de personnes travaillent. Mais cet effet ne se fera probablement pas sentir uniformément dans tous les secteurs d’activité, et les réclamations auxquelles les employeurs pourraient faire face pourraient ne pas se limiter aux risques engendrés par la COVID-19.

Bien que de nombreuses entreprises aient adopté des modèles de travail à distance afin de favoriser la distanciation sociale, d’autres ne sont pas en mesure de le faire aussi facilement. Les travailleurs des secteurs de l’aviation, du transport, de l’hôtellerie, de la construction, de la fabrication, de la vente au détail, de la distribution et de l’économie du partage, entre autres, peuvent travailler dans des endroits restreints qui haussent le risque d’infection par le coronavirus, notamment par les contacts avec les clients et leurs collègues. Le personnel de la sécurité publique, les premiers répondants et les professionnels de la santé font face à des préoccupations similaires, ainsi qu’aux risques inhérents aux contacts directs avec des patients atteints de la COVID-19. Dans tous ces secteurs, les employés travaillent peut-être aussi plus fort et plus longtemps que d’habitude, ce qui pourrait entraîner des réclamations en raison de l’épuisement. Bon nombre de ces préjudices pourraient être indemnisables par les systèmes d’indemnisation des accidents du travail gouvernementaux.

Les employeurs devraient également se préparer à une augmentation potentielle des réclamations en raison d’autres facteurs, notamment les suivants :

  • Nouveaux employés : Malgré les défis de taille auxquels font face la plupart des entreprises (par exemple, les détaillants traditionnels ou en ligne), certaines d’entre elles embauchent de nouveaux employés pour répondre à la demande croissante de certains produits et services. Connaissant moins bien leur environnement de travail, peut-être faute de temps pour l’intégration ou la formation de santé et sécurité, ces employés pourraient être plus susceptibles d’être victimes d’un accident de travail.
  • Télétravail : En général, les employeurs sont confrontés aux mêmes risques d’accidents du travail, que leurs employés travaillent dans les locaux de l’entreprise ou à la maison. Toutefois, les employeurs peuvent faire face à d’autres difficultés causées par le télétravail, notamment en raison du manque de surveillance de l’espace de travail, d’une utilisation potentiellement inappropriée de l’équipement et des distractions à domicile. Ces difficultés pourraient être aggravées par l’actuelle pandémie, qui contribue à une hausse de l’anxiété et du stress, et qui force de nombreux employés à partager des espaces de travail improvisé avec leur conjoint, leurs enfants et leurs animaux de compagnie.
  • Chômage croissant : Les prévisions économiques à long terme, en raison de la pandémie, sont sombres, et de nombreuses entreprises ont déjà été obligées mettre à pied, temporairement ou définitivement, des employés. L’histoire, y compris la crise financière et la récession de la fin des années 2000 et du début des années 2010, donne à penser que ces travailleurs pourraient chercher à compenser leur perte de revenus en demandant des prestations d’indemnisation d’un accident du travail, et dans certains cas, en faisant de fausses déclarations.

Résolutions de réclamations retardées

En plus d’une hausse de la fréquence des réclamations dans certains secteurs, les employeurs devraient être prêts à voir s’allonger les délais de traitement des réclamations actuelles et à venir. Dans tout le pays, les bureaux des commissions des accidents du travail gouvernementaux ont été fermés au public et, si des audiences ont lieu virtuellement, beaucoup d’autres sont reportées. Les ressources relatives aux réclamations, comme les examens médicaux indépendants et les services d’enquête sur le terrain, sont également affectées.

Le rétablissement des employés victimes d’une maladie ou d’un accident du travail pourrait également nécessiter plus de temps. Comme de nombreux médecins traitants et physiothérapeutes ont temporairement fermé leurs cabinets et que les hôpitaux sont submergés par les cas de COVID-19, les rendez-vous habituels et les chirurgies non urgentes sont annulés ou reportés. De même, puisque les infirmiers gestionnaires de cas ne voient pas les demandeurs, des services médicaux essentiels comme les examens par IRM et d’autres tests de diagnostic peuvent être inaccessibles. De plus, étant donné que plusieurs entreprises demeureront fermées pour un certain temps, pour de nombreux employés qui se rétablissent et qui sont prêts à retourner au travail progressivement, il n’y a pas d’emploi de transition à leur proposer.

Pendant que les réclamations de ces employés sont en suspens et qu’ils n’obtiennent pas les soins médicaux dont ils ont besoin pour se rétablir, ils continueront de recevoir des prestations. En grande partie, les litiges ne seront pas résolus tant que les commissions d’indemnisation des accidents du travail gouvernementales ne reprendront pas leurs activités, et plus longtemps les employés malades ou blessés restent à l’écart du travail, plus ils auront du mal à retrouver un emploi bien rémunéré.

De plus, même quand les ressources médicales et de traitement des réclamations seront de nouveau accessibles, les médecins, les professionnels en sinistres, les commissions d’indemnisation des accidents du travail, entre autres, pourraient avoir de la difficulté à rattraper leur retard. Par conséquent, le délai de résolution des réclamations en suspens pourrait se prolonger davantage et hausser encore plus les coûts pour les employeurs.

La voie à suivre

Les employeurs peuvent prendre plusieurs mesures pour mieux gérer les demandes d’indemnisation des accidents du travail pendant la pandémie et alors que les principaux processus, ainsi que la société dans son ensemble, reviennent lentement à la normale.

Les professionnels du risque devraient collaborer avec leurs administrateurs tiers et les assureurs pour élaborer des plans clairs et détaillés de gestion d’un nombre potentiellement très élevé de réclamations. Bien que les ressources puissent être limitées, les employeurs, les administrateurs tiers et les assureurs devraient collaborer pour s’assurer que les réclamations font l’objet d’une enquête approfondie. C’est particulièrement important compte tenu de la hausse possible de la fréquence des réclamations frauduleuses au cours des prochains mois et des questions sur l’indemnisation des personnes qui allèguent avoir contracté la COVID-19 en milieu de travail.

Les employeurs devraient également avoir recours à l’analyse des données dans la gestion des réclamations. L’intelligence artificielle et d’autres outils peuvent permettre aux professionnels du risque, entre autres, de repérer les réclamations potentiellement difficiles ou complexes et de les prioriser pour permettre une intervention précoce. On pourrait aussi y affecter des professionnels en sinistres plus expérimentés et d’autres ressources pouvant contribuer à leur résolution. Les employeurs peuvent également collaborer avec leurs conseillers pour résoudre d’anciennes réclamations et réduire le nombre de dossiers en retard, ce qui pourrait libérer des ressources précieuses pour traiter les nouvelles réclamations. On pourrait ainsi également aider à répondre aux exigences supplémentaires accompagnant une surveillance plus étroite occasionnée par l’état de l’économie et aux changements dans les finances des entreprises.

Entre-temps, la télémédecine peut être un outil précieux pendant la pandémie, offrant aux demandeurs la possibilité d’avoir les rendez-vous prévus avec des professionnels de la santé tout en respectant les consignes de distanciation sociale. Bien qu’avant la pandémie, les gouvernements n’autorisaient pas tous la télémédecine dans le cadre des indemnisations des accidents du travail, certains assouplissent les restrictions en raison des circonstances actuelles. Toutefois, la télémédecine pourrait ne pas convenir à tous les cas d’indemnisation des accidents du travail, et les employeurs devraient collaborer avec leurs conseillers en réclamations pour déterminer les lieux, les cas et les moyens qui conviennent le mieux à l’utilisation de la télémédecine.

Pendant la pandémie, il est plus important que jamais de communiquer avec les travailleurs malades ou blessés. Il peut être difficile pour ces employés de s’orienter dans le processus d’indemnisation des accidents du travail, même dans les meilleures circonstances. En ce moment, préoccupés par l’économie et les perspectives d’emploi, après un long rétablissement, les demandeurs, qui risquent de contracter la COVID-19 ou de s’exposer à d’autres problèmes de santé, pourraient ressentir de l’anxiété. Si ce n’est pas déjà fait, les employeurs devraient envisager une approche des réclamations d’indemnisation des accidents du travail axée sur la communication, l’éducation et la transparence. Elle pourrait contribuer à l’obtention de meilleurs résultats et à une réduction des coûts.

Enfin, pour les entreprises qui sont confrontées à de plus grandes demandes de la part de leur personnel, la formation sur la prévention des accidents du travail est essentielle. La formation devrait aider les nouveaux employés à comprendre les principales fonctions liées à leur poste et la façon adéquate d’effectuer certaines tâches essentielles (par exemple, soulever des boîtes et d’autres objets). Les employeurs peuvent également renforcer l’adoption des pratiques exemplaires en matière de santé et de sécurité par le personnel sur place et à distance, à l’aide de tutoriels vidéo et d’autres moyens portant par exemple sur la réduction du stress physique et psychologique, et la réduction des risques d’accident.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez vous adresser à votre représentant Marsh ou à :

CANADA

ANDREA RYAN-WILLIAMSON
Directrice du groupe d’expertise en assurance de risques divers de première ligne aux États-Unis et du groupe d’expertise Solutions de gestion des risques de bris de machines au Canada
andrea.ryan-williamson@marsh.com
1 416 349-3044

ÉTATS-UNIS

CHRISTINE WILLIAMS
Administratrice déléguée
Centre d’excellence en indemnisation des accidents du travail de Marsh
christine.j.williams@marsh.com
1 212 345-6636

DENNIS TIERNEY
Directeur des demandes d’indemnisation des accidents du travail
Centre d’excellence en indemnisation des accidents du travail de Marsh
dennis.p.tierney@marsh.com
1 203 229-6653