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L’Actualité technique – mars 2026

ATEX : prévenir le risque d’atmosphère explosive

Identifiez les situations ATEX, sécurisez vos équipements et réduisez le risque d’explosion grâce à des mesures techniques et organisationnelles adaptées.

ATEX : comment prévenir le risque d’explosion et sécuriser la continuité d’activité

Dans de nombreux environnements industriels, logistiques ou de transformation, le risque d’explosion reste sous-estimé tant qu’aucun incident ne survient. Pourtant, la présence de gaz inflammables, de vapeurs, de brouillards ou de poussières combustibles peut créer les conditions d’une atmosphère explosive, avec des conséquences potentiellement majeures sur les personnes, les installations, la production et la réputation de l’entreprise.

Le sujet ATEX ne relève donc pas uniquement d’une logique réglementaire. Il engage aussi la continuité d’exploitation, la maîtrise du coût du risque, la préservation des actifs et, dans certains cas, la qualité du dialogue avec les assureurs.

Pour les entreprises concernées, l’enjeu est clair : identifier les situations d’exposition, réduire le risque à la source, s’assurer de l’adéquation des équipements et structurer une démarche de prévention cohérente dans la durée.

Qu’est-ce qu’une atmosphère explosive ?

Une atmosphère explosive, ou ATEX, correspond à un mélange avec l’air de substances inflammables — gaz, vapeurs, brouillards ou poussières combustibles — dans lequel une inflammation peut provoquer une explosion.

La formation d’une ATEX suppose la réunion simultanée de plusieurs conditions. Il faut notamment :

  • un combustible ;
  • un comburant, généralement l’oxygène de l’air ;
  • une source d’inflammation ;
  • une concentration du produit dans un domaine d’explosivité adéquat ;
  • un certain confinement favorisant la montée en pression ;
  • et, pour les poussières, une dispersion suffisante dans l’air.

Cette combinaison explique pourquoi le risque ATEX peut apparaître dans des contextes très différents, y compris sur des sites qui ne se perçoivent pas spontanément comme fortement exposés au risque explosion.

Quelles entreprises sont concernées par le risque ATEX ?

Le risque ATEX concerne un large éventail d’activités. Sont notamment exposées les entreprises qui :

  • manipulent ou stockent des liquides inflammables, comme des solvants ou des carburants ;
  • utilisent des gaz inflammables ;
  • mettent en œuvre des poudres combustibles, par exemple des farines, sucres fins ou poudres micronisées ;
  • génèrent des poussières combustibles, notamment dans l’agroalimentaire, le bois, le textile ou certains travaux des métaux ;
  • exploitent des procédés favorisant la dispersion, l’échauffement ou le confinement.

En pratique, le risque ne se limite pas aux seules zones de production. Il peut également concerner des opérations de manutention, de transfert, de remplissage, de nettoyage, de filtration, de dépoussiérage, de maintenance ou encore certaines zones de stockage.

Autrement dit, l’ATEX est souvent un risque transversal, au croisement de la production, de la maintenance, de la sécurité, de l’ingénierie et du risk management.

Pourquoi le risque ATEX doit être traité au-delà de la seule conformité ?

Une explosion peut provoquer des dommages matériels majeurs, déclencher des effets en chaîne comme un incendie, interrompre durablement l’activité et générer des impacts financiers significatifs.

Au-delà des atteintes immédiates aux personnes et aux biens, les entreprises doivent aussi anticiper :

  • l’arrêt ou la désorganisation de la production ;
  • la dégradation des délais de livraison et de la relation client ;
  • l’augmentation du coût du risque ;
  • les tensions sur les programmes d’assurance ;
  • les impacts de réputation et de gouvernance liés à un événement grave.

L’ATEX doit donc être abordée comme un sujet de résilience opérationnelle. Une organisation qui traite ce risque tardivement ou de façon fragmentée s’expose non seulement à des vulnérabilités techniques, mais aussi à des arbitrages plus coûteux en exploitation et en assurance.

Le zonage ATEX : une base essentielle de la maîtrise du risque

L’un des principes structurants de la prévention repose sur le zonage ATEX. Celui-ci permet de classer les lieux selon le niveau de risque et la fréquence d’apparition d’une atmosphère explosive.

Pour les gaz et vapeurs, les zones sont classées en 0, 1 et 2.

Pour les poussières, elles sont classées en 20, 21 et 22.

Cette classification n’est pas un exercice purement documentaire. Elle sert à déterminer :

  • les mesures de prévention et de protection à mettre en place ;
  • le niveau d’exigence applicable aux équipements ;
  • les conditions d’intervention, de maintenance et de travaux ;
  • et, plus largement, la cohérence de la stratégie de maîtrise du risque.

Un zonage imprécis, obsolète ou insuffisamment pris en compte dans l’exploitation réelle peut créer un décalage important entre le risque théorique et le risque effectivement porté par l’entreprise.

Les obligations de l’exploitant en France

En France, l’exploitant doit évaluer les risques, définir les zones ATEX et formaliser ces éléments dans un document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE).

Cette démarche doit s’accompagner de mesures techniques et organisationnelles adaptées. Elle implique aussi une vigilance particulière sur la conformité des équipements utilisés en zone ATEX, qui doivent répondre aux exigences applicables et disposer d’une certification spécifique adaptée au niveau de risque.

Le point clé, pour les entreprises, est d’éviter une approche minimaliste de la conformité. Le DRPCE et le zonage ne doivent pas être considérés comme de simples livrables réglementaires, mais comme des outils de pilotage du risque, utiles pour la conception, l’exploitation, la maintenance et la gestion du changement.

Réduire le risque à la source : le premier levier d’action

La prévention ATEX commence par une logique simple : réduire autant que possible la probabilité de formation d’une atmosphère explosive.

Cela suppose notamment de :

  • limiter l’utilisation de substances inflammables ou combustibles lorsque cela est possible ;
  • maîtriser les émissions accidentelles ;
  • garantir une ventilation efficace ;
  • réduire les phénomènes de confinement ;
  • éviter l’accumulation de poussières sur les équipements ou dans les volumes clos.

Cette approche est essentielle car la formation d’une ATEX dépend à la fois des caractéristiques des produits et des conditions d’exploitation. Une ventilation insuffisante, une dérive de procédé, une fuite, un mauvais nettoyage ou une accumulation progressive de poussières peuvent suffire à faire évoluer le niveau de risque.

L’adéquation des équipements : un point de vigilance majeur

La maîtrise du risque ATEX repose également sur l’adéquation du matériel installé dans les zones identifiées.

Cela concerne non seulement les machines, mais aussi :

  • les instruments ;
  • les équipements électriques ;
  • les systèmes de ventilation ;
  • les dispositifs de détection ;
  • et, de manière générale, tout équipement susceptible d’être utilisé ou installé dans une zone classée.

L’utilisation d’équipements inadaptés reste l’une des causes fréquentes d’explosion. C’est pourquoi la conformité doit être vérifiée avant mise en service, puis intégrée dans la maintenance et dans la gestion des modifications.

Pour les entreprises, ce sujet est souvent critique lors :

  • d’extensions d’atelier ;
  • de remplacements d’équipements ;
  • de modifications de process ;
  • d’interventions de sous-traitants ;
  • ou de travaux ponctuels en zone exposée.

Détection, organisation, formation : la prévention ne se limite pas à la technique

Une démarche ATEX robuste ne peut pas reposer uniquement sur des choix de conception. Elle doit aussi intégrer des dimensions organisationnelles fortes.

Parmi les leviers importants figurent :

Les systèmes de détection et d’asservissement

La mise en place de détecteurs ou capteurs adaptés — gaz, vapeurs, poussières, pression, température — permet d’identifier certaines dérives et de déclencher des mesures automatiques de mise en sécurité selon des seuils définis.

La formation du personnel

Les équipes doivent être formées aux risques ATEX, aux comportements attendus et aux procédures applicables, notamment pour les activités sensibles.

L’encadrement des travaux

Les travaux par point chaud ou les interventions de maintenance en zone ATEX doivent faire l’objet de procédures spécifiques. Lorsque le risque ne peut être supprimé, l’usage d’outils non étincelants peut être requis.

La gestion des situations d’urgence

Les plans d’urgence doivent intégrer le risque d’explosion, les moyens adaptés de lutte contre l’incendie et la coordination avec les secours externes. Les scénarios accidentels doivent être identifiés en amont.

Pourquoi l’ATEX est aussi un sujet assurantiel

Du point de vue assurantiel, les explosions ATEX sont susceptibles de générer des sinistres lourds, combinant dommages matériels, incendie et arrêt d’activité prolongé.

Les assureurs sont particulièrement attentifs à la qualité de la démarche de gestion du risque. Une organisation structurée est généralement attendue, avec notamment :

  • une analyse de risque formalisée ;
  • un zonage ATEX clair et à jour ;
  • des équipements certifiés et adaptés ;
  • une organisation crédible en matière de prévention, de maintenance et de formation.

Pour les entreprises, cela signifie que le sujet doit être intégré le plus en amont possible, idéalement dès la conception des installations. Plus la question ATEX est traitée tardivement, plus les contraintes techniques, opérationnelles et financières peuvent augmenter.

Les bonnes pratiques pour structurer votre démarche ATEX

Pour renforcer durablement la maîtrise du risque, plusieurs points de vigilance peuvent être retenus :

  1. Cartographier précisément les situations d’exposition sur le site.
  2. Actualiser le zonage en fonction des procédés, des flux et des modifications.
  3. Formaliser le DRPCE comme un outil opérationnel, pas seulement réglementaire.
  4. Vérifier l’adéquation des équipements installés dans les zones concernées.
  5. Intégrer la maintenance et la gestion du changement dans la stratégie ATEX.
  6. Former les équipes et encadrer les interventions à risque.
  7. Tester la préparation aux situations d’urgence.
  8. Relier la démarche ATEX aux enjeux d’assurance, de continuité et de résilience.

Conclusion

Le risque ATEX est un sujet critique pour de nombreuses entreprises industrielles et opérations exposées à des substances inflammables ou à des poussières combustibles. Sa maîtrise repose sur un équilibre entre conformité réglementaire, prévention technique, organisation adaptée et vision assurantielle.

Pour les directions des risques, les responsables HSE, les équipes techniques et les décideurs, l’enjeu n’est pas seulement d’éviter un écart de conformité. Il s’agit de réduire la probabilité d’un sinistre majeur, de protéger les personnes, de préserver les actifs stratégiques et de sécuriser durablement la continuité d’exploitation.

Vous souhaitez évaluer la maturité de votre démarche ATEX, structurer votre DRPCE ou approfondir l’analyse de vos expositions ? Les équipes Marsh peuvent vous accompagner dans l’évaluation, la prévention et la maîtrise de ce risque en cohérence avec votre activité et vos enjeux assurantiels.

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