Cartographie des risques politiques 2021 : la reprise à la suite de la pandémie complique les risques pour les Amériques

En 2020, les gouvernements des Amériques ont mis l’accent sur les réponses à la pandémie en matière de soins de santé. En 2021, il s’agira de réagir et de relancer l’économie.

Qu’il s’agisse de politiciens qui dînent au restaurant pendant les périodes de confinement ou de différences substantielles dans les taux de mortalité entre les groupes raciaux et ethniques dans de nombreux pays, les citoyens moyens sont conscients qu’on leur demande de faire des sacrifices que ceux qui ont la richesse et le pouvoir peuvent éviter. Au cours de la prochaine année, les gouvernements doivent gérer avec soin les augmentations d’impôt et les réductions des prestations d’aide sociale.

Les protestations et les troubles découlent souvent d’inégalités. En 2019, des manifestations massives ont commencé au Chili en raison d’une hausse des coûts de transport, mais ce sont les revendications exigeant de remédier aux iniquités sociales qui ont soutenu l’agitation.

En Amérique latine, les questions de sécurité alimentaire contribuent à l’augmentation du risque politique. Le problème n’est pas la production alimentaire, mais le pouvoir d’achat, qui pourrait à l’avenir être le point de départ de grèves, d’émeutes et d’autres types de troubles civils. L’une des conséquences de ces problèmes : la dette souveraine est moins susceptible d’être remboursée, car les pressions populistes peuvent amener les gouvernements d’Amérique latine à accorder la priorité à l’aide économique plutôt qu’au remboursement de dettes étrangères.

L’une des clés de la reprise économique dans les Amériques et dans d’autres régions, c’est le déploiement des vaccins contre la COVID-19. Les États-Unis menant la voie dans la mise au point des vaccins – et distribuant agressivement des doses en 2021 –, le phénomène de la « diplomatie du vaccin » est apparu. Les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie ont ratifié une entente qui approvisionnera l’Asie en vaccins contre la COVID-19 d’ici la fin de 2022. Cela pourrait servir à limiter l’influence croissante de la Chine dans la région, car l’administration Biden cherche à consolider les valeurs démocratiques partagées dans toute l’Asie tout en maintenant la coopération en matière de sécurité et de cybermenaces avec les partenaires de l’Asie-Pacifique. En réduisant la dépendance à l’égard de la Chine en Asie-Pacifique, des éléments importants de la grande stratégie chinoise pourraient être compromis.

Un rebond mondial des prix des produits de base devrait procurer un répit en 2021 aux économies d’Amérique latine basées sur les ressources naturelles, bien que l’on s’attende à ce que le principal moteur de ce rebond, à savoir la croissance en Chine, n’atteigne pas les niveaux d’avant la pandémie. Là encore, la nouvelle administration américaine aura l’occasion de réaffirmer sa politique étrangère et économique, les Chinois ayant presque partout supplanté les États-Unis en tant que principal partenaire commercial de l’Amérique latine.

Outre les États-Unis, plusieurs pays d’Amérique latine connaissent des transferts de pouvoir en 2021. L’Argentine et le Mexique font face à des élections de mi-mandat dans le cadre desquelles les dirigeants politiques pourraient privilégier les dépenses intérieures plutôt que d’entreprendre d’indispensables réformes fiscales. Par le passé, la politique en Amérique latine a toujours oscillé comme un pendule, virant à l’extrême gauche, puis se corrigeant en virant à l’extrême droite, et inversement. La combinaison de la pandémie, de l’incertitude à l’égard des vaccins, de l’absence de réformes structurelles et d’autres facteurs crée un environnement politique imprévisible.

Brésil

Une réponse mal coordonnée à la COVID-19 a laissé le Brésil avec le deuxième plus grand nombre de cas au monde et une autre poussée est en cours. L’insatisfaction envers le gouvernement brésilien actuel concernant sa réponse à la pandémie et les augmentations du coût de la vie alimentent le risque de troubles et d’interruption de la chaîne d’approvisionnement dans plusieurs secteurs. Il n’est donc pas surprenant que les émeutes, les grèves et les mouvements populaires demeurent le risque le plus élevé au Brésil.

En février 2021, le gouvernement a remplacé le chef de la compagnie pétrolière d’État, Petrobras, après avoir critiqué les prix élevés du carburant pratiqués par la compagnie, car le gouvernement ne pouvait pas se permettre une grève paralysante des camionneurs du pays – le principal mode de transport commercial au pays. Le gouvernement envisage également d’intervenir dans le secteur de l’électricité au Brésil, une tendance qui pourrait se poursuivre alors que le gouvernement s’efforce d’améliorer ses chances de réélection (un écho étrange aux développements en cours au Mexique, pays de gauche). Les mesures prises par le gouvernement attisent les craintes des investisseurs à l’égard d’un retour à l’intervention de l’État.

Le gouvernement actuel du Brésil cherche à se faire réélire en 2022, mais cela est loin d’être garanti, car la popularité du parti est en chute libre. Pour augmenter ses chances, le parti tente de faire passer une nouvelle série de transferts de fonds aux plus pauvres du pays, ce qui risque d’augmenter encore plus le risque de crédit souverain.

Malgré ses difficultés face à la pandémie, la performance économique du Brésil semble rebondir. Une fois l’économie stabilisée, le pays pourrait attirer davantage d’investissements étrangers et ouvrir des possibilités de développement. Le Brésil a apporté des réformes à son système de retraite, ce qui devrait contribuer à le rendre plus durable, et a assoupli la réglementation sur la propriété privée des principales infrastructures, comme les aéroports, les autoroutes et les chemins de fer. Le protectionnisme commercial demeure toutefois élevé.

Mexique

La COVID-19 aura une forte influence sur les perspectives politiques et économiques du Mexique en 2021. La reprise économique à la suite de la pandémie a démarré tardivement, le gouvernement n’ayant offert un léger secours au secteur des affaires qu’au cours des derniers mois. Les mesures d’austérité, l’augmentation de 15 % du salaire minimum et un projet d’imposition des grandes entreprises sont susceptibles de créer des conditions d’exploitation difficiles pour les entreprises exerçant leurs activités au Mexique.

Les sondages indiquent que les taux d’approbation de l’administration actuelle ont baissé de façon constante depuis le pic de 80 % atteint au premier trimestre de 2019. En décembre 2020, 61 % des Mexicains approuvaient la performance du gouvernement. Les élections de mi-mandat en 2021 pourraient affaiblir le contrôle du parti majoritaire, ce qui pourrait prolonger la reprise à la suite de la pandémie au Mexique et nuire à sa capacité à lutter contre les problèmes systémiques tels que le crime organisé et la corruption. La concurrence et les conflits au sein des groupes du crime organisé, en particulier sur les routes du trafic de drogues, pourraient entraîner une augmentation des extorsions, des vols, des enlèvements et des attaques contre les entreprises.

Les cotes de la WRR du Mexique montrent une nette augmentation du risque de répudiation des accords contractuels, qui est passée de 6,3 en janvier 2020 à 6,9, l’administration actuelle ayant exprimé une préférence marquée pour les entreprises détenues par l’État. Cette préférence a été évidente entre juin et septembre 2020, le gouvernement ayant systématiquement résilié des contrats portant sur des projets renouvelables impliquant des investissements étrangers et privés et faisant appel à des ressources énergétiques de l’État.

La possibilité d’un démantèlement des réformes énergétiques du Mexique, qui ont été adoptées sous les administrations précédentes et ont permis d’importants investissements étrangers et privés dans les secteurs du pétrole et du gaz et de la production d’électricité du pays, demeure une menace. Avec une pléthore de règlements à respecter pour les sociétés fermées, le Mexique a l’un des fardeaux réglementaires les plus lourds du monde.

Un autre facteur de la reprise économique du pays est sa dépendance à l’égard des États-Unis, lesquels représentent 83 % des exportations. Par conséquent, la croissance du Mexique reflète en grande partie celle de son plus grand partenaire commercial. La reprise aux États-Unis contribuera à stimuler les perspectives du Mexique, d’autant plus que l’accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, qui garantit un accès libéré de droits de douane au marché américain, porte ses fruits.