Par Esmee Mitchell ,
Vice-président, Construction, Marsh Specialty
02/26/2026 · Lecture de 6 minutes
Le message du Premier ministre Mark Carney est clair : le Canada mise désormais pleinement sur l’intelligence artificielle (IA), renforçant son engagement envers la souveraineté numérique avec une récente demande de propositions pour des centres de données IA soutenus par le gouvernement, dotés d’une capacité de plus de 100 mégawatts. Les fournisseurs de services cloud stimulent également la demande, Microsoft s’engageant à investir 19 milliards de dollars en IA entre 2023 et 2027, dont plus de 7,5 milliards dans les prochaines années.
Les entrepreneurs et développeurs de centres de données qui prévoient de collaborer avec le gouvernement dans de tels projets ou dans le secteur privé canadien en pleine croissance doivent être conscients des risques en jeu. La croissance des centres de données offre d’immenses opportunités, mais les parties prenantes doivent aussi naviguer entre les risques physiques et contractuels pouvant affecter les délais, les coûts et la couverture d’assurance des projets. Voici quelques considérations clés lors de la négociation des contrats de construction et des accords financiers, ainsi que lors de la conception et de la mise en place d’un programme d’assurance pour un projet.
Pour les développeurs ou exploitants de centres de données, le Canada offre des avantages naturels dans des domaines clés tels que l’électricité, les terrains et la demande. L’accès au réseau électrique offre aux fournisseurs cloud, appelés hyperscalers, et aux autres locataires des sources d’énergie diversifiées, ce qui peut atténuer le risque de panne d’électricité à travers le pays. Le Canada est aussi un emplacement favorable pour les hyperscalers engagés dans des initiatives de durabilité, puisque plus de 60 % de l’électricité nationale provient de l’hydroélectricité.
L’Alberta met en avant ses ressources naturelles en pétrole et énergie, son climat froid, ses faibles taux d’imposition des sociétés et son environnement réglementaire comme raisons d’investir dans la province, tandis que des pôles établis existent déjà en Ontario et au Québec. Cependant, la pression s’est intensifiée dans certaines provinces pour répartir le fardeau imposé par les centres de données gourmands en énergie sur le réseau public, et les exigences évoluent.
Dans certains territoires, l’obtention de permis d’accès au réseau a pris jusqu’à plusieurs années, reflétant les préoccupations croissantes du public concernant la consommation d’énergie. La politique varie à travers le Canada, la Colombie-Britannique limitant les permis de réseau tandis que l’Alberta recherche activement des investissements dans les centres de données. La production d’énergie comporte aussi ses propres considérations.
Ces dynamiques réglementaires et infrastructurelles ont des implications directes sur la gestion des risques et les stratégies d’assurance. La dépendance à des sources d’énergie diverses et parfois limitées souligne l’importance d’une planification de contingence robuste, surtout à mesure que les centres de données investissent de plus en plus dans la production d’énergie sur site et le stockage par batteries pour atténuer les pannes. Étant donné le rôle critique de la disponibilité de l’énergie dans la continuité opérationnelle, les programmes d’assurance doivent être soigneusement adaptés pour combler les lacunes potentielles lors des remises progressives du projet — de la construction à l’exploitation — afin d’éviter une exposition aux dommages liés à la construction ou aux manquements contractuels.
De plus, les risques de catastrophes naturelles (inondations, feux de forêt, tremblements de terre) varient selon les provinces, influençant le choix des sites et la disponibilité des assurances. Le paysage réglementaire en évolution, combiné aux risques physiques liés aux infrastructures énergétiques et aux technologies émergentes, nécessite des stratégies de gestion des risques précoces et proactives.
Les projets de centres de données au Canada présentent des défis distincts qui requièrent une gestion rigoureuse des risques et des stratégies de transfert de risques pour protéger les investissements et assurer une exécution dans les délais. Les points clés incluent la gestion des complexités contractuelles en assurance, la sécurisation de la couverture pour la conception et les défauts afin de gérer les responsabilités potentielles, et la protection contre les risques physiques, comme les catastrophes naturelles, pour la construction et l’équipement. Voici trois catégories de risques à considérer :
Les projets de construction de centres de données impliquent généralement plusieurs parties prenantes et entrepreneurs généraux, même pour un seul projet. Des contrats séparés peuvent exister pour des éléments tels que:
Les clauses d’assurance et d’indemnisation dans ces différents contrats peuvent varier, ce qui rend essentiel qu’un conseiller en assurance expérimenté examine leur interaction avant la signature des contrats. Cette revue peut aider à éviter d’accepter des obligations lourdes ou coûteuses qui pourraient vous exposer à des risques inutiles.
De plus, plusieurs projets canadiens incluent au moins une partie basée aux États-Unis. Il est donc important d’établir et de clarifier les clauses d’assurance, de responsabilité et d’indemnisation dès le début du processus contractuel pour assurer une conformité avec les pratiques canadiennes. Les différences territoriales clés à considérer incluent la responsabilité professionnelle et de conception, la responsabilité globale (wrap-up), les limites d’assurance pour catastrophes naturelles, et les normes d’allocation des risques contractuels, qui peuvent varier significativement entre le Canada, les États-Unis et d’autres juridictions.
Les prêteurs exigent fréquemment que les propriétaires de projets souscrivent des polices d’assurance projet autonomes, une exigence qui entre en conflit avec les positions par défaut de nombreux contrats de construction standards — tant internationaux que canadiens. Pour éviter des retards et des négociations prolongées, les contrats de construction et la couverture du projet doivent être structurés dès le départ en tenant compte de ces attentes des prêteurs. Pour les projets financés par des prêts sans recours, les prêteurs imposent souvent des conditions d’assurance strictes, incluant l’obligation de souscrire une assurance contre les retards de mise en service (DSU). Ces exigences nécessitent une négociation attentive et une explication claire aux assureurs pour garantir une couverture complète. Étant donné les revenus potentiellement importants générés par les centres de données, il est crucial que la couverture DSU reflète non seulement l’impact financier des retards liés aux dommages sur vos revenus ou le service de la dette, mais aussi les engagements envers les parties prêteuses impliquées.
Les défaillances de conception peuvent avoir un impact significatif sur les calendriers et les coûts pendant la construction et au-delà. Ces situations peuvent être sensibles en raison des graves répercussions financières pour les propriétaires si les contrats clients incluent des dates de mise en service (RFS) préalablement convenues, qui offrent généralement peu de recours contractuels en cas de retard.
Au Canada, l’assurance responsabilité professionnelle des concepteurs fonctionne différemment de plusieurs autres territoires et est souvent souscrite dans le cadre d’une police d’indemnité professionnelle unique pour le projet. Comprendre cette couverture, y compris les termes, conditions et limites disponibles au Canada, peut être un outil essentiel lors des négociations initiales, quel que soit le cadre contractuel.
De plus, la couverture des défauts dans les polices de risques du constructeur est souvent exigée par les entrepreneurs sur site au Canada et devrait être incluse dans le programme d’assurance du projet. Pour les éléments liés aux travaux des centres de données, les clauses London Engineering Group (LEG-3) ou Defect Exclusion (DE-5) offrent une protection étendue contre les défauts de conception, de matériaux ou de fabrication.
Les propriétaires qui prévoient d’investir ou d’exploiter au Canada devraient discuter de ces couvertures avec leur conseiller en risques avant le début des travaux afin d’obtenir des solutions.
Quel que soit le modèle de centre de données — qu’il s’agisse d’installations hyperscale à grande échelle, d’espaces de colocation partagés, de centres de données en périphérie plus proches des utilisateurs finaux, ou de centres spécifiques à une entreprise — il existe une attente commune d’une construction et d’un déploiement rapides. L’urgence de commencer les opérations entraîne souvent des remises progressives, permettant aux centres de données de devenir opérationnels avant l’achèvement complet du projet. Ces remises progressives, surtout lorsqu’elles impliquent des prêteurs et des clients externes, nécessitent une approche réfléchie de la souscription d’assurance pour assurer une transition de couverture sans faille entre la construction et l’exploitation, évitant ainsi des lacunes qui pourraient exposer les zones opérationnelles à des dommages liés à la construction ou à des manquements contractuels.
L’investissement dans la production d’énergie sur site et les installations de stockage par batteries est en croissance, mais les pertes et défaillances d’équipements critiques spécialisés peuvent avoir des effets importants sur les calendriers de construction. Établir des clauses de contingence dans les accords d’approvisionnement et des contrôles qualité sur site est crucial pour atténuer les risques, surtout compte tenu des conséquences des pannes ou de l’indisponibilité de l’énergie à l’approche des remises dans le calendrier. La dépendance des centres d’énergie et de puissance à la génération de revenus doit être comprise pour adapter la couverture de manière appropriée dans le programme d’assurance global du projet. Les expositions aux catastrophes naturelles peuvent varier selon les provinces canadiennes, ce qui signifie que le choix du site doit prendre en compte ces défis spécifiques à chaque région.
S’engager de manière proactive avec les assureurs dès le début du processus pour communiquer des stratégies complètes de gestion des risques, depuis la phase de conception jusqu’à l’installation par les entrepreneurs, peut considérablement améliorer à la fois l’étendue de la couverture et la tarification de ces projets.
Répondre à la demande de nouvelles infrastructures numériques et gérer les risques tout au long de la phase de construction est crucial pour saisir l’opportunité de l’IA au Canada. Cependant, les développeurs et exploitants doivent être préparés avec une gestion rigoureuse des risques et une couverture d’assurance adéquate pour protéger leurs investissements et exécuter les projets efficacement.
Les conseillers expérimentés de Marsh Risk Canada peuvent vous aider à naviguer ces défis et à développer des programmes d’assurance personnalisés adaptés aux besoins spécifiques de votre projet. Le programme Nimbus de Marsh Risk est conçu pour renforcer la résilience des entreprises et simplifier la couverture à chaque étape du cycle de vie du projet, de la planification et la construction à l’achèvement et la remise, afin que vous puissiez vous concentrer sur une croissance rapide et efficace.