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Crise du détroit d’Ormuz : risques liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires en aval dans les chaînes d’approvisionnement agricole

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, interrompant les approvisionnements essentiels en engrais et en gaz naturel liquéfié (GNL) qui sont les piliers de l’agriculture mondiale.

Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, interrompant les approvisionnements essentiels en engrais et en gaz naturel liquéfié (GNL) qui sont les piliers de l’agriculture mondiale. Le golfe Persique gère un tiers du commerce maritime mondial d’engrais et 22 % des exportations mondiales de GNL, deux intrants essentiels à la production alimentaire. Les Nations Unies ont averti que la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants, provoquée par le conflit, pousse les populations vulnérables du monde entier vers une plus grande insécurité alimentaire et accroît le risque de troubles sociaux.

Pourquoi l’agriculture est un risque majeur

En agriculture, le facteur temps est primordial. L’agriculture suit un calendrier saisonnier strict, et les perturbations actuelles coïncident avec la période rigide des semis de printemps. Les retards dans la livraison d’engrais risquent de faire manquer la fenêtre de fertilisation étroite, ce qui pourrait réduire le rendement des récoltes pour tout le cycle de culture. Les pénuries de GNL augmentent immédiatement les coûts de production pour les fabricants d’engrais, mais l’incapacité à livrer l’engrais fini aux agriculteurs peut entraîner une baisse de la production agricole plusieurs mois plus tard.

Les pénuries d’engrais peuvent également inciter les agriculteurs à cultiver des plantes non alimentaires afin de s’assurer d’avoir un produit commercialisable à la saison des récoltes, ce qui peut réduire encore davantage la disponibilité alimentaire.

Cette dynamique – baisse de la production alimentaire et hausse du coût des intrants – accroît le risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires. Au cours de la crise mondiale d’approvisionnement en engrais et en énergie de 2022-2023, la réduction de l’utilisation d’engrais dans les pays confrontés à une pénurie alimentaire a entraîné de graves pénuries alimentaires nationales, qui se sont traduites par une pénurie physique critique et des troubles sociaux six à neuf mois plus tard.

Du déficit en engrais au choc d’approvisionnement

Trois facteurs sont à l’origine du déficit actuel en engrais :

  1. Perturbation du transport maritime : au 10 mars, le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz demeure interrompu, empêchant les livraisons d’engrais et de GNL en temps opportun.
  2. Réduction de la production : une importante usine d’urée du Golfe a suspendu sa production après avoir perdu son approvisionnement en gaz naturel, tandis que les pénuries régionales de soufre limitent la disponibilité des engrais phosphatés.
  3. Contrôle à l’exportation : la Chine a imposé des restrictions à l’exportation de phosphate en décembre 2025 afin de préserver l’approvisionnement national; ces mesures devraient rester en place jusqu’en août 2026. Une perturbation prolongée au Moyen-Orient pourrait inciter Pékin à prolonger les contrôles à l’exportation d’engrais, ce qui resserrerait encore davantage l’offre mondiale.

Les analyses de l’OCDE et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) soulignent la gravité d’une transition potentielle d’un déficit d’engrais à un choc de l’approvisionnement alimentaire : une perturbation prolongée de la production et du transport maritime pourrait faire grimper les prix mondiaux des denrées alimentaires de près de 13 %. Pour les pays à faible revenu, où l’alimentation représente une part importante des dépenses des ménages, de telles hausses de prix peuvent être graves.

Risques accrus liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires

L’Inde illustre bien l’ampleur de l’exposition à ces risques, puisqu’elle s’approvisionne à plus de 40 % en urée et phosphates au Moyen-Orient. Depuis la fermeture du détroit, trois usines d’engrais en Inde ont réduit leur production d’urée en raison de pénuries de GNL.

En croisant les données du système World Risk Review de Marsh sur les risques liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires avec celles des pays dépendants des importations d’engrais et les indicateurs de dépenses alimentaires, nous avons établi une liste de surveillance élargie axée sur l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne. Les pays de ces régions sont exposés à des risques aigus de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires liés aux pénuries d’engrais, à la volatilité des prix des aliments et à la vulnérabilité économique.

Les cartes ci-dessous comparent les marchés à haut risque en fonction de leur risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires modélisé, ainsi que de la part de la consommation finale consacrée à l’alimentation.

Pays prioritaires de la liste de surveillance des risques liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 7,5

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : avec environ 59 % des dépenses des ménages (le taux le plus élevé d’Afrique) consacrées à l’alimentation, les baisses de rendement attribuables aux engrais et la volatilité croissante des prix du riz importé pourraient gravement éroder le pouvoir d’achat, accélérant ainsi le risque de manifestations.

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 7,2

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : face à des dépenses alimentaires des ménages de l’ordre de 37,8 %, la dépendance au GNL rend possible une forte inflation des produits de base, ayant pour effet de réduire les budgets et d’augmenter le risque de troubles.

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 6,9

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : avec 52,8 % des dépenses des ménages (le taux le plus élevé d’Asie) consacrées à l’alimentation, la fermeture des usines d’engrais nationales pourrait entraîner une forte volatilité des prix du riz.

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 6,8

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : avec des élections prévues en juin 2026, toute crise alimentaire pourrait aggraver les risques liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires, exacerbant les tensions et les troubles.

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 6,8

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : la forte volatilité des prix intérieurs du riz (1,6, soit 42,1 % des dépenses alimentaires), combinée à une réduction de l’utilisation d’engrais, pourrait peser sur le budget des ménages, augmentant ainsi les risques liés aux grèves, émeutes et mouvements populaires en milieu urbain.

Risque de grèves, d’émeutes et de mouvements populaires d’après le WRR : 6,3

Évolution probable liée à ce risque (6 à 9 mois) : l’Inde compte sur un soutien intérieur important pour protéger son marché et maintenir la volatilité des prix du riz à un faible niveau. La répercussion des coûts en amont du GNL sur les agriculteurs menace de briser cette protection budgétaire, risquant de déclencher des manifestations agricoles à grande échelle.

Source : base de données World Risk Review de Marsh, février 2026

 

Le lien entre les perturbations des intrants agricoles et les troubles civils est bien établi. La crise alimentaire de 2022-2023 a déclenché plus de 12 500 manifestations contre la hausse du coût de la vie dans 148 pays, lesquelles ont dégénéré en crises politiques au Sri Lanka, au Pakistan, au Pérou et ailleurs. Les pertes causées par des grèves, émeutes et mouvements populaires sont estimées à plus de 8 milliards de dollars américains entre 2020 et 2024, éclipsant largement les pertes liées au terrorisme au cours de la même période.

Répercussions pour les gestionnaires de risques

Si l’assurance ne peut pas couvrir la volatilité des prix des engrais ou du GNL, elle peut protéger contre les sinistres en aval qui surviennent lorsque les chocs sur les intrants dégénèrent en grèves, émeutes et mouvements populaires. Des récoltes plus faibles, une inflation alimentaire plus élevée et des troubles sociaux peuvent exposer les entreprises à la violence politique, aux pertes d’exploitation, aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et aux retards de paiement sur les marchés vulnérables.

Marsh est en mesure d’aider les entreprises à mettre en place des solutions de gestion de la violence politique et des risques politiques connexes, adaptées aux actifs physiques, aux stocks, à la logistique et aux principales contreparties dans les pays dépendants des importations.

La perturbation du détroit d’Ormuz va au-delà d’un simple problème d’approvisionnement en énergie; elle représente un risque potentiel lié aux grèves, émeutes et mouvements populaires, avec des répercussions secondaires sur la qualité du crédit et les flux commerciaux transfrontaliers dans les chaînes d’approvisionnement liées aux engrais, à l’agriculture et à l’alimentationSi le blocage persiste pendant la période des semis de printemps, la disponibilité réduite d’engrais pourrait entraîner des récoltes plus faibles et une hausse des prix des denrées alimentaires de base, ce qui intensifierait les pressions liées aux grèves, émeutes et mouvements populaires dans les économies vulnérables. Pour les clients exposés à ces marchés, une gestion des risques en temps opportun est essentielle pour empêcher qu’un choc d’approvisionnement ne se transforme en un sinistre assurable.

Marsh surveille de près la situation, et nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions sur les stratégies de gestion des risques, la couverture des polices et les réclamations potentielles.

Nous vous invitons à consulter notre centre d’information « Risque géopolitique : conflit au Moyen-Orient » sur marsh.com, qui rassemble nos analyses actuelles sur l’évolution de la situation dans la région ainsi que des ressources utiles provenant de l’ensemble de Marsh, y compris les webinaires à venir susceptibles de vous intéresser.

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