Par Chris Johnson ,
Leader du secteur des communications, des médias et des technologies, Canada
03/12/2026 · Lecture de 8 minutes
Le secteur de la technologie entre dans une phase pivot de transformation, tant au Canada qu’à l’échelle mondiale. En 2025, les principales évolutions ont été les progrès rapides dans le domaine de l’informatique quantique et une vague de fusions et d’acquisitions parmi les entreprises technologiques, stimulée par les innovations alimentées par l’IA. Dans le même temps, les fournisseurs de télécommunications canadiens ont cherché à révolutionner la connectivité, tandis que l’adoption rapide de l’IA a mis en évidence de nouvelles pénuries de main-d’œuvre qualifiée que la technologie seule ne pouvait résoudre. Dans cet aperçu, nous examinons certaines des évolutions qui ont défini le paysage technologique canadien l’année dernière.
Souvent éclipsée par le battage médiatique et le potentiel des applications d’intelligence artificielle, l’informatique quantique a connu des progrès plus modestes ces dernières années, ne partageant pas encore la vedette ni la vision concrète dont bénéficie actuellement son homologue de l’IA.
Le Canada a discrètement passé ces dernières années à mettre en place un écosystème quantique de premier plan, basé au Canada, en se concentrant sur la recherche de pointe, l’innovation et les applications d’affaires pratiques qui augmenteront considérablement les besoins informatiques traditionnels grâce à une puissance de traitement en croissance exponentielle. En 2025, la Stratégie quantique nationale a permis de consacrer 400 millions de dollars à la recherche, au développement des talents et à la commercialisation dans le secteur quantique canadien. De plus, le budget fédéral de 2025 comprenait plusieurs occasions de financement nouvelles et actualisées pour les initiatives quantiques au cours des cinq prochaines années, avec des allocations ciblées pour des sous-secteurs clés comme la défense, les finances et les soins de santé.
Les entreprises quantiques canadiennes ont également fait des progrès notables. Ceux-ci comprenaient le développement de la toute première plateforme de puces quantiques intégrées résistantes aux erreurs et l’avancement des biocapteurs quantiques pour la surveillance non invasive du cerveau, qui sont entrés en phase de tests. Enfin, l’Agence spatiale canadienne a financé la mission QEYSSat (pour Quantum Encryption and Science Satellite), dont le lancement est prévu en 2026, qui vise à tester la faisabilité de la distribution transatlantique de clés quantiques.
En résumé, le financement public de l’informatique quantique atteint un niveau sans précédent, le Canada est un contributeur mondial clé aux avancées quantiques, et plusieurs tests et projets « inédits » doivent démarrer en 2026, s’appuyant sur les innovations de 2025. L’informatique quantique ne remplacera pas l’informatique traditionnelle, mais son augmentation éventuelle conduira à une innovation et une réalisation explosives.
La « ruée vers l’or de la COVID-19 » – cette brève période d’innovation explosive entre 2020 et 2022 marquée par une flambée des évaluations, des taux d’intérêt bas et un déploiement de capitaux sans précédent – a été une période passionnante et imprévisible. Partout dans le monde, les entreprises se sont empressées d’intégrer, d’étendre et de compléter leurs activités, et ce, le plus rapidement possible, parfois avec plusieurs années d’avance sur le calendrier prévu. Cette période a été marquée par une augmentation massive des effectifs, le lancement de nouveaux produits, des pivots dynamiques et des priorités d’entreprise à deux chiffres.
Ces conditions ont créé une tempête parfaite : les stocks ont chuté, les évaluations ont explosé et les pressions économiques ont contribué à ramener les taux d’intérêt vers la normalité. Les fusions et acquisitions se sont poursuivies à grande échelle, bien qu’à un rythme plus lent au niveau national, mais les transactions propres au secteur de la technologie ont faibli. De nombreuses entreprises étaient surdimensionnées, en sureffectif et surévaluées, ce qui a nécessité un redimensionnement rapide et des innovations ciblées.
Heureusement, l’IA est venue soutenir et faciliter ces deux efforts. Tout comme le boom des « dot.com » avant elle, l’IA en est venue à représenter, résoudre et soutenir presque tout, même si certaines de ses applications ne sont en réalité que de l’automatisation présentée sous un angle marketing. Un grand nombre d’entreprises ont au moins réfléchi à la manière dont l’IA pouvait les aider, changer ou remplacer leur activité. Celles qui n’avaient pas le luxe de disposer de temps (presque toutes) ont dû rapidement réorienter leur activité pour intégrer l’IA dans leurs produits et services, et presque toutes à un rythme qu’elles ne pouvaient pas pleinement apprécier ou gérer.
Cela ressemble à l’évolution naturelle d’une bulle technologique typique. Un nouvel événement qui change l’époque se produit, et beaucoup se précipitent pour en tirer profit. L’écart entre les évaluations et les applications pratiques s’élargit jusqu’à atteindre des niveaux insoutenables, ce qui finit par conduire à une consolidation et des acquisitions rapides, ne laissant que quelques acteurs indépendants clés et plusieurs mégaentreprises. Toutefois, ce changement ne semble pas s’être concrétisé sérieusement en 2025.
Le Canada se démarque en tant que chef de file dans le domaine des télécommunications, 95 % des Canadiens ayant accès à la vitesse minimale obligatoire pour Internet haute vitesse et 99 % bénéficiant d’une couverture cellulaire. Cette réussite reflète l’esprit de compétition du pays, l’intégration des financements publics et privés et un engagement de longue date à maintenir les Canadiens bien connectés. Cependant, ce succès s’accompagne aussi d’une série de défis.
En connectant presque tous les Canadiens grâce aux services de téléphonie mobile et d’Internet, le marché canadien des télécommunications est devenu saturé. Historiquement, les entreprises de télécommunications généraient des sources de revenus supplémentaires grâce à des services à valeur ajoutée, comme les frais supplémentaires pour dépassement de données, l’identification de l’appelant et la « mise en attente » des appels mentionnée ci-dessus. Cependant, l’infrastructure a désormais atteint un niveau de maturité tel que l’accès illimité à toutes les fonctionnalités est devenu la norme. Avec la baisse constante des taux de natalité et d’immigration, les possibilités d’acquérir de nouveaux clients diminuent également. Cela entraîne une forme de cannibalisme sur le marché, où l’acquisition de clients chez les concurrents devient une stratégie de croissance et où le revenu moyen par utilisateur chute.
À quoi ressemblera le paysage des télécommunications de nouvelle génération au Canada? Les acteurs régionaux suivent probablement de près les changements apportés à la réglementation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant l’accès aux données et la disponibilité publique, la vente en gros de services sans fil et l’expansion prévue de l’accès à l’Internet des objets. Parallèlement, ils suivent probablement de près les demandes de financement provincial et fédéral prévues jusqu’en 2030, qui visent à étendre l’accès haute vitesse aux 5 % restants du pays.
Mais si vous êtes un acteur clé du secteur, que vous réserve l’avenir? Aujourd’hui, de nombreuses banques de premier plan ne se considèrent plus comme des banques, mais comme des entreprises technologiques fournissant des produits et des services financiers. Il en va de même pour les entreprises de télécommunications canadiennes. Bien que leurs racines restent fermement ancrées dans le secteur qu’elles ont contribué à créer, beaucoup aspirent à se transformer en quelque chose de plus. Des décisions audacieuses et de nouveaux partenariats novateurs créent des remous importants dans l’ensemble du secteur.
L’IA est un sujet omniprésent et énigmatique dans le paysage commercial d’aujourd’hui, largement reconnu pour son potentiel à transformer ce qui était autrefois considéré comme de la science-fiction en pratique commerciale courante.
Elle est au centre des discussions et des investissements, souvent considérée comme une solution à un large éventail de défis. Depuis la commercialisation d’Internet, aucune autre technologie n’a autant bouleversé le champ des possibles. Une fois pleinement réalisée et mise en œuvre, l’IA devrait inaugurer une nouvelle ère de progrès technologiques, marquant une distinction claire entre la période avant et après son adoption.
L’IA n’est pas le premier changement technologique sur le marché. De nombreux professionnels du secteur ont déjà connu des vagues précédentes, comme la bulle Internet. Les occasions offertes par l’IA sont vastes et potentiellement illimitées. L’IA peut soutenir, augmenter ou automatiser presque tous les processus d’affaires, en réduisant ainsi le temps de production, minimisant les erreurs humaines, diminuant les pertes et améliorant la sécurité et la vente de produits, de services et de biens. Elle a aussi le potentiel de débloquer une productivité plus élevée à un coût moindre.
Malgré les progrès technologiques rapides, l’IA demeure à un stade évolutif. Bien qu’elle progresse rapidement, un défi important limite son plein potentiel : les facteurs humains. Dans son état actuel, l’IA n’est encore qu’un simple marteau, dont l’efficacité dépend de la personne qui le manie. Toutefois, contrairement au marteau, qui est bien compris, perfectionné depuis longtemps et raffiné sous une forme simple, l’IA reste encore en phase de métamorphose. Ses exigences évoluent constamment, ses capacités progressent sans cesse et l’expertise nécessaire pour l’utiliser efficacement change en permanence.
Dans la course collective à la mise en œuvre et à la différenciation, certaines organisations vont au-delà d’un rythme durable, posant souvent les rails pendant que le train est déjà en marche. Les modèles de dotation en personnel changent, et les employés devront s’adapter et apprendre en conséquence. Bien que l’année 2025 ait été anticipée comme une année charnière pour l’IA agentive, elle a également mis en évidence le risque d’aller trop vite.
L’éducation et les compétences fondées sur l’IA restent nouvelles, et dans un domaine qui évolue plus rapidement que les programmes d’études ne peuvent être rédigés, les lacunes en matière de compétences sont inévitables et susceptibles de s’aggraver. Le transfert de connaissances devrait être incohérent et fragmenté, l’expertise en matière d’IA étant de plus en plus considérée comme une monnaie précieuse. On s’attend à ce que cette tendance se poursuive dans un avenir prévisible, jusqu’à ce que l’adoption se stabilise, que l’innovation et la mise en œuvre ralentissent, ou les deux.
Le Canada s’est toujours fortement appuyé sur des partenariats stratégiques et des investissements pour soutenir et stimuler son économie, et cela demeure particulièrement vrai dans le domaine de l’infrastructure numérique. En 2025, près de 75 % des centres de données au Canada, mesurés en termes de consommation électrique totale, sont détenus par des entreprises étrangères, principalement des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle américains, c’est-à-dire des multinationales technologiques dont les noms sont connus de tous. Des investissements supplémentaires sont attendus dans un avenir proche.
Cependant, cette dynamique est en train de changer. Le gouvernement canadien a mis en place la Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA – un plan à plusieurs facettes conçu pour mobiliser les investissements nationaux dans les solutions d’IA, l’infrastructure numérique à haute capacité et l’achat de biens, de technologies et de services pour soutenir les entreprises canadiennes dans ce secteur. Le gouvernement a également annoncé son intention d’étudier le développement de centres de données commerciaux à grande échelle dédiés à l’IA au Canada, avec des capacités supérieures à 100 MW. Des stratégies similaires voient le jour à l’échelle mondiale, notamment la stratégie européenne pour l’union des données récemment annoncée par l’Union européenne, qui donne la priorité à la préservation de sa souveraineté en matière de données.
Les occasions pour les centres de données et l’infrastructure numérique du Canada sont vastes et en pleine croissance. Pour réaliser ce potentiel, il faudra établir des partenariats stratégiques et des alliances mondiales, dont le développement s’étalera sur plusieurs années. Néanmoins, les années à venir verront un bond en avant significatif dans la vie numérique canadienne, même si l’infrastructure n’est pas entièrement nationale.
L’année 2025 a été marquée par un changement notable pour la technologie canadienne. L’accalmie post-COVID semble s’être installée, le redimensionnement étant en grande partie achevé. Les innovations dans les domaines de l’informatique quantique, de la distribution des données, de l’IA et des télécommunications positionnent le pays pour plusieurs victoires importantes au cours des prochaines années. Un budget national davantage axé sur le numérique a été approuvé, et l’accent renouvelé mis sur la souveraineté des données et de l’infrastructure numérique créera de nouvelles occasions pour renforcer le secteur. Cette période marque une phase passionnante de croissance et de transformation.